Dans cette suite à mon premier texte sur la civilisation, je veux aborder la raison pour laquelle cette civilisation sera vraisemblablement la dernière des civilisations. J’avais abordé le sujet dans mon texte précédent mais je crois qu’il convient d’en parler d’avantage.
Tout d’abord la civilisation est une bête qui a besoin de certaines conditions initiales pour naitre. Premièrement, il lui faut de la nourriture en grande quantité pour alimenter sa croissance et permettre l’émergence d’un commerce initial. Ce qui veux dire que l’agriculture est une condition sine qua non à l’émergence de la civilisation. Deuxièmement, il lui faut un approvisionnement énergétique fiable et croissant, ne serait-ce que pour cuire les aliments et chauffer les maisons. Sans une importante source d’énergie (thermique) la métallurgie devient impossible en l’occurence ici le charbon de bois. Troisièmement, il lui faut des matières premières pour alimenter sa croissance, son économie et son progrès. Parmi lesquels les minerais métalliques, le bois et les produits agricoles (textiles, etc.) constituent un corpus de ressources pour ainsi dire indispensables.
Ceci étant précisé, ces conditions perdurent-elles encore de nos jours et perdureront-elles après l’effondrement, tant souhaité, de la présente civilisation? La réponse est clairement non. Comme les raisons de ce non diffèrent pour chacune des trois conditions, je les traiterai donc séparément.
Donc, en ce qui concerne la première condition, c’est à dire l’agriculture, elle requière que certaines conditions physiques existent. Tout d’abord il faut des terres fertiles en quantité suffisante. La fertilité d’une terre dépend de certains facteurs physiques dont le principal est sa teneur en humus c.à.d. la matière organique qui compose le sol. Or l’agriculture, et surtout l’agriculture chimique, a transformé les terres fertiles en sols morts, fortement minéralisés et très pauvres en humus. La mise à nu permanente du sol, aux moments les plus défavorables, par le labourage à favorisé une érosion affolante. J’ai lu que dans les plaines, plusieurs pieds de sol s’étaient fait la malle. Allant jusqu’à six pieds, m’a-t-on rapporté, en Iowa aux Etats-Unis, par rapport à la plaine sauvage des bisons. Il suffit de regarder le fameux croissant fertile, des millénaires d’agriculture en on fait un désert stérile. Les vestiges archéologiques montrent pourtant qu’avant le passage de la civilisation c’était une terre bien différente qui portait bien son nom.
De plus, l’ensemble des terres ayant un jours constitué des sols propices à l’agriculture sont dégradés au point que, sans la perfusion chimique d’engrais et autres suppléments , les sols ne produiraient que des moissons de famine. Il est aujourd’hui impossible de trouver de nouvelles terres fertiles, l’expansion se faisant maintenant sur des sols peu fertiles, parfois arrachés au désert ou à la forêt tropicale dont la culture est rendue possible grâce aux intrants chimiques.
Par ailleurs, l’agriculture requière que les conditions climatiques soient stables et prévisibles dans une certaine mesure. Or voilà, la civilisation industrielle a dopé l’atmosphère de gaz à effet de serre. Résultat: un climat futur changeant, difficilement prévisible, qui risque de rendre l’agriculture impossible ou très difficile mais surtout très peu fiable. Ce qui veut dire que ceux qui reposeront sur elle pour se nourrir auront à faire face à des famines répétées. Ainsi même, les conditions climatiques de l’holocène qui ont conduit à la révolution du néolithique (l’agriculture) ne seront plus.
Deuxième condition, l’énergie, qui doit être disponible en abondance et avec un retour suffisant, et dont la première source demeure le bois. A priori, il ne devrait pas y avoir de problème: une nouvelle civilisation ne se lèvera pas avant des siècles, ce qui laisse le temps aux forêts décimées de repousser. Cependant il y a un hic, avec le désastre climatique que l’homme civilisé a causé et la vitesse du changement, il est à redouter que cette forêt ne soit pas celle qu’on espère. Et certaines régions risquent d’être des déserts tout simplement. Par ailleurs, on se souviendra que l’âge du bronze s’est terminé dans un âge «obscur» suite à l’épuisement des sources de bois dans un rayon acceptable des centres métallurgiques. Il fallu l’arrivée du fer, moins gourmand en bois et plus abondant, pour sortir de cet âge «obscur». Ce n’est donc pas une ressource illimitée et on ne peut pas la transporter de trop loin. Ce qui la fait entrer en compétition avec les terres fertiles du point premier.
Troisième et dernière condition, les ressources; c’est là que ça devient intéressant. Il apparait, quand on jette un coup d’oeil sur la question, que tout les gisements facilement accessibles sont désormais totalement épuisés. Mieux encore, les gisements, dirons-nous «intermédiaires» le sont également. La civilisation industrielle puise actuellement dans des ressources difficiles, voir très difficiles, dont l’accès n’est rendu possible que par sa technologie et l’énergie abondante du pétrole. Charbon, métaux, pétrole, etc. ne seront donc pas accessibles à une civilisation future car elle ne disposera pas de moyen aussi phénoménaux. Même les «ressources» biologiques sont sujet à être indisponibles, parce que surexploitées et conduites à l’extinction. On a qu’a penser à presque toutes les espèces marines, victimes de sur-pêche, et dont les populations sont en train de s’effondrer malgré les moratoires mis sur certaines d’entre elles. D’autre ressources renouvelables, principalement des sources d’énergies, requièrent d’autres ressources, elles non renouvelables, épuisées et disponibles aujourd’hui seulement grâce aux moyens sans égal dans l’histoire de la civilisation industrielle et par voie de conséquence hors de porté d’une nouvelle civilisation.
Vous comprenez donc que l’erreur néolithique, ce pêché originel, est en phase terminale. La maxime de la civilisation industrielle « Après moi le déluge» va se réaliser. Ne restera plus que la seule façon de vivre qui soit réellement durable, adaptée à la vie sur cette planète et à même d’assurer la survie d’Homo sapiens, dernière espèce subsistant de la lignée des hommes. C’est la vie sauvage, selon les rêgles de la nature, en tant que membre de l’écosystème à part entière dans le respect des autres espèces qui partagent avec nous le monde.
Publication originale: 3 octobre 2008
http://hagouchonda.blogspot.com/2008/10/un-mal-nomm-civilisation-2.html