J’ai le plaisir d’annoncer le premier numéro Vert & Noir.
Ce premier volume est une compilation de divers articles de ce blog. J’espère que les prochains auront un contenu inédit (annonce, news, etc.)
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Editorial
Nous sommes arrivés à l’ère de tous les dangers. Jamais l’être humain n’aura été aussi proche de l’extinction, ou pire, de la déshumanisation. Jamais la planète et tous les écosystèmes qui la composent n’auront été aussi menacés.
La convergence des crises (climatique, énergétique, halieutique, environnementale, santé publique, économique, sociale) est telle que certains en voient les prémisses de la fin de notre civilisation.
Face à ce danger, les gouvernements, mais aussi les individus, se contentent de perfuser le système ou de promouvoir une croissance verte ou un développement durable. Mais il y a encore pire : les humains se résignent, ils acceptent ce dénouement comme une fatalité due aux tares de l’humanité; ou alors ils rêvent de révolutions technologiques qui vont résoudre tous nos problèmes. Ils acceptent le nucléaire ou les OGM car c’est d’eux que dépend le futur de notre si belle civilisation.
Il nous parait important de clarifier et de démythifier un certain nombre de points: l’être humain n’est pas maudit, la civilisation n’est pas la meilleure façon de vivre, la technologie n’est pas neutre, l’agriculture n’est pas la panacée.
Nous voulons donc offrir à nos lecteurs des nouveaux points de vue, une critique radicale, une mise à nu de certains mythes, mais surtout de nouvelles perspectives
Tous les commentaires et suggestions sont bienvenus.
Et bien sûr, c’est à diffuser largement !
Excellent.
« De la neutralité de la technologie » apporte des arguments solides qui me seront utiles lors de discussions futures, et avec lesquels je suis d’accord.
Salut à tous. Le concept d’anarchie verte est certainement celui qui correspond le plus à mes idées. Il y a seulement un aspect que je retrouve bien trop souvent dans les idées alternatives et qui me gène car il va à mon sens à l’encontre d’une démarche anarchiste et encore plus à l’encontre d’une démarche d’anarchie verte: c’est le concept de démocratie directe. A mon avis, la démocratie directe n’est pas plus souhaitable que celui de démocratie indirecte ou semi-directe, et ceci pour plusieurs raisons que je vais évoquer plus bas:
- la démocratie directe implique nécessairement la domination de la majorité sur les minorités, or, chaque individu représente à lui seul une minorité car nous ne mettons souvent pas le même contenu sur les mêmes mots. Ainsi, lorsque nous prenons une décision à la majorité, nous n’acceptons souvent pas la même chose. D’autre part, si l’on accorde plus d’importance au point de vue de la majorité qu’à celui des minorités, nous créons un point de vue dominant, nécessairement subi par les minorités, or, en quoi le point de vue de la masse serait-il nécessairement plus légitime que les points de vues minoritaires?
- Lorsqu’on vote pour quelque chose, on a le choix entre A et B: généralement accepter ou refuser une proposition, mais on ne peut pas voter C.
- De nombreuses études de psychologie sociale (dont la plus connue est certainement celle du camp de vacances de Sheriff) ont démontré qu’il y a une pression à la majorité, le plus souvent par crainte d’être considéré comme déviant face à la norme que la majorité a fait naître. Ainsi, la plupart des gens vont se conformer au point de vue majoritaire, même s’ils ne sont pas forcément d’accord avec ce point de vue. Il en résulte des sociétés caractérisées par un fort conservatisme et un immobilisme, alors que nous avons en fait besoin d’un changement radical.
- L’un des concepts clé de l’anarchie verte est de vivre en accord avec les animaux et les plantes, qui ne peuvent pas voter. Il résulte donc quasi inévitablement une domination de l’être humain sur son environnement.
Ainsi il faut songer à une alternative à la démocratie, comme à toute autre forme de domination. A mon sens, cela ne peut passer que par un rejet du politique. En effet, le politique n’est pas nécessaire à l’organisation de la société. Comme nous sommes nécessairement forcé de vivre les uns avec les autres, l’organisation sociale se fait automatiquement: nous sommes obligés de nous adapter les uns aux autres: c’est ce que nous faisons lorsque nous sommes entre amis ou en famille et nous n’avons nullement besoin d’une institution pour le faire. Nous nous adaptons les uns aux autres. Mon idée est donc la suivante: le refus du politique, quelque soit sa forme et l’adaptation à plusieurs niveaux: interindividuelle, entre l’homme et son environnement, entre l’homme et les animaux. Selon moi, ce n’est qu’en instaurant une dialectique non hiérarchique entre ces différents niveaux que l’on pourra mettre fin à la domination.
J’espère vivement susciter un débat autour de cette épineuse mais non moins fondamentale question et attends avec impatience vos commentaires.
Salut Jean !
Je crois que la démocratie directe, en soi, ne veut pas dire grand chose si on ne parle pas de son environnement qui peut être:
- la cité antique d’Athènes
- le canton d’Appenzell
- la Suisse
- un village de pygmées Mbutis
- un groupes d’aborigènes du Kalahari
L’impact d’une décision démocratique n’est évidemment pas le même dans tous les cas. Dans un pays son résultat se transforme même en contrainte pour la minorité qui n’était pas d’accord, comme tu le fais remarquer. Le problème est bien la hiérarchie et le pouvoir, le mécanisme de prise de décision collective n’est qu’un outil dont l’application va forcément refléter son environnement.
Quant à la domination de l’être humain sur son environnement, c’est un vaste sujet, mais cette domination n’est pas inévitable, elle est propre à notre culture (« Takers »/ »Ceux-qui-prennent ») et parmi tous les modèles culturels qui ont existé sur la planète, elle est probablement minoritaire.
Cette domination risque d’ailleurs de s’arrêter le jour où nous n’aurons plus autant d’énergie à y consacrer et que l’environnement nous fera payer la facture (salée), mais c’est une autre histoire…
Salut mouton sauvage.
Merci pour ton commentaire. Je n’ai pas eu à attendre longtemps pour avoir un retour et c’est sympa. Ce forum est propice au débat et c’est bien.
En ce qui concerne ton commentaire, c’est vrai que la prise de décision collective risque de varier en fonction de l’environnement. Cependant, lorsqu’on parle de démocratie directe, il me semble qu’une constante reste: la prise de décision à la majorité. Or, si la majorité décide il me semble qu’automatiquement il devrait en résulter la construction d’un point de vue majoritaire, qui lui-même impliquerait quasi nécessairement les autres problèmes que j’ai évoqué dans mon commentaire précédent, quelque soit l’environnement. D’autre part, le politique, les décisions sensées être valables pour tous les membres d’un même groupe, sont fait pour s’appliquer de manière générale et ne sont donc pas appropriées aux cas particuliers. Or, il me paraît clair que toute situation est un cas particulier: on a jamais affaire à des cas généraux.
Je suis convaincu que nous sommes capables de nous adapter les uns aux autres, sans système global. Je pense que tout système global interfère avec la façon dont nous nous comporterions naturellement dans une situation donnée. En d’autres termes, je ne pense pas qu’il puisse avoir de meilleur système social que celui que nous créons aux quotidien dans nos interactions, car c’est le seul qui est adapté aux cas particuliers. Or, je le répète, pour moi, toute situation est particulière. C’est vrai que la notion de démocratie directe est une constante dans tous (ou presque) les forums anarchiste, mais c’est précisément le point qui me pose problème, pour les raisons évoquées précédemment. Personnellement, à chaque fois que je serai en mesure de le faire, je continuerai à refuser toute forme d’autorité, quelque qu’elle soit.
A part ça, pour tout le reste, je suis à 100% d’accord avec les principes défendus sur ce site. Je ne connaissais pas le concept d’anarchie verte avant aujourd’hui. Je dois dire que je suis réellement content. J’ai aussi été fortement influencé par l’herméneutique d’Heidegger, selon laquelle c’est notre rapport au monde que nous devons changer, que toutes les sciences se sont fondées sur l’idée qu’il faut dominer la nature, alors que nous devrions plutôt avoir un rapport dialogique avec notre environnement. L’herméneutique n’est pas seulement une démarche méthodologique, mais le principe qui devrait diriger notre rapport au monde. Je suis tout à fait d’accord avec cette manière de voir les choses.
En ce qui concerne l’analyse du commencement de l’appropriation de son environnement par l’homme à partir du moment où l’on est passé de sociétés de chasseurs-cueilleurs à des sociétés pratiquant l’agriculture et l’élevage, je suis très agréablement surpris en bien. En effet, il y a à peine 2 jours, sans savoir que ce point de vue était défendu par d’autres, je disais à ma copine que si certains (comme Braudel) faisaient remonter les origines du capitalisme au XVIe siècle, j’étais moi-même convaincu que ces origines remontaient à bien plus loin, lorsque l’être humain à commencé à s’approprier son environnement. J’émettais alors la supposition que ce moment devait précisément être le moment où l’on passe de sociétés de chasseurs-cueilleurs à des sociétés pratiquant l’élevage et l’agriculture. Je ne savais alors pas que ce point de vue était défendu par d’autres. Imagine donc ma surprise et ma satisfaction lorsque je suis tombé sur le site de vert et noir.
Hormis la question de la démocratie directe, qui revient dans trop de sites anarchistes à mon goût (eh oui, même Proudhon mériterait d’être dépassé sur certains points), je suis extrêmement content de savoir que d’autres personnes partagent ma conception de l’anarchisme. Merci, Merci mille fois. Créons l’alternative!!!
Bonjour jean,
Content que Vert & Noir 1.0 t’ait fait découvrir quelque chose de nouveau. Un de ses modestes buts est de « faire changer son rapport au monde » à un maximum de personnes.
Sur la démocratie directe, je comprends ce que tu veux dire, j’ai aussi constaté ça sur divers forums anars. De toute façon ils me font un peu rire à se demander comment organiser le monde ou le pays après le « grand soir » (ou les votations !) et perdent souvent l’objectif prioritaire de vue qui est de se libérer, en commençant par son esprit.
Content de t’avoir dans le « réseau » !
Salut mouton Sauvage.
ça me fait aussi très plaisir d’être sur le site. Je vais partir quelques jours et n’aurai pas d’accès internet, mais à mon retour, je serai content de continuer à participer aux échanges d’idées et éventuels projets à venir.
A bientôt.
(Desole pour les non-accents)
Salut,
je suis content que le premier numero est finalement sorti. Je vais le diffuser par ici.
Sur le commentaire de Jean sur la democratie directe, je suis totalement d’accord avec lui. La democratie, ainsi que le concept de « politique », est concept issu de la pensee occidentale (i.e grece antique ou’ il la tres grande majorite’ de la population n’etait pas libre) et donc, ne peut pas etre applique de maniere non-critique sur l’organisation sociale de la majorite des peuples non-civilises (Mbutis, !Kung! San, etc.) du passee recent ou relativement lointain.
j’ai deja ecrit un texte contre les elections et l’idee meme de la democratie, je vais essayer de le retrouver puis de le poster sur le forum. Je suis en voyage presentement, alors ca ira a’ plus tard.
Sinon, il y a un site anar anglophone interessant ou’ on peut retrouver des reflexions similaires: antipolitics.net, avec un lien a’ la diffusion Quiver ou’ on peut telecharger certaines brochures, telle que This is what Democracy looks like.
a +
Kipawa
Salut, je découvre ce blog, qui m’intéresse beaucoup.
A propos du commentaire de Jean: il me semble que Proudhon, justement, dont j’ai lu une bonne partie de l’oeuvre, ne croyait pas au grand soir, et était exclusivement réformiste. De plus, il proposait d’avantage un système qui visait le consensus plutôt que la décision à la majorité. ça parait difficile à priori, à mettre en place et à conserver, comme système, et il faudrait pour cela apprendre à rechercher systématiquement ce consensus, plutôt que de défendre nos individualités respectives, comme nous sommes plutôt habitués. C’est en tout cas comme cela que fonctionnait la « démocratie » des iroquois; les chefs étaient élus de manière consensuelle dans chaque tribu, et ils se réunissaient en conseil des chefs, où ils ne prenaient pas de décision autre que consensuelle. Donc ça devrait être possible.
Salut Ramite et bienvenue. Je vois également que ton blog a bien progressé depuis novembre dernier, je vais lire les articles dès que j’ai un moment, le cas échéant, es-tu d’accord pour une republication sur ce blog ?
Oui, pas de souci (même si c’est pour les critiquer : je ne suis pas spécialement pour la propriété intellectuelle). de mon côté, je mettrai votre site dans mes favoris; même si je ne suis pas 100% d’accord avec tout, je trouve que vous appuyez à merveille là où le bât blesse…
salut, je suis nouveau, et quand je dis nouveau je veux dire qu’il n’y a que deux mois que j’ai pris conscience du problème de déplession d’énergie fossile
évidement tous mes projets ont changés et je suis passé par tous les stades de la décomposition lol
on va certainement avoir besoin de travailler notre conception de l’entente , comme le dit jean , le nouveau monde est certainement l’occasion de refouler les idées qui pourtant peuvent servir à organiser la vie de groupe (mais en provoquant forcément des frustrations)
refouler la politique est certainement la solution en effet
malheureusement la masse a toujours raison et nous finirons par être à nouveau annexé par celle ci (c’est mon point de vue)
il est important dés à présent de trouver une nouvelle façon de vivre en société et d’obtenir le droit de vivre parallèlement à la masse et sa démocratie qui ne tarderont pas à revenir aprés la période chaotique et violente de la transition
je ne peux m’empécher de penser à la façon dont des mormons qui ont su perpétuer un schéma qui leur était propre
une des façon d’y arriver serait il d’adopter un systeme de codes vestimentaires ? qui voudrait dire , « nous avons nos coutumes,
nous avons notre systeme : ne nous contaminez pas avec un systeme qui nous a déjà perdu
vivez comme vous le désirez et laissez nous vivre à notre façon »
un peu comme une tribu dont les membres se ressembleraient physiquement mais qui pourtant nous permetrait de vivre chacun comme bon nous semble?
sans règles et pourtant avec une même phylosophie, refuser les lois aveugles
un tel fonctionnement ressemblerai à un systeme ou chaque clan fait ce qu’il a a faire et qui quoi qu’il arrive serait caussionné par l’ensemble?
désolé si je semble puéril , mais je ne suis pas du tout un intélo
avec mon cap et mon bepc , je n’ai pas à dire aux autres quoi que ce soit, c’est juste une idée qui j’espere n’est pas contradictoire avec l’esprit qui reigne ici , et qui me rapelle mes jeunes années
Salut NéoBio, ton concept de tribu va bien avec « l’esprit qui règne ici »
Tes autres idées seront mieux débattues sur un forum.
Bonjour à tous,
Vous ne me connaissez pas encore, mais j’ai la surprise de voir Ramite, qui a (presque) conduit l’anar que je suis, vers son modèle à lui qui est l’anarco-mutuellisme (blogue graine de flibuste) à moins que vous le connaissiez (il n’y a pas longtemps que j’arpente la Toile).
Nous étions parvenus à un accord sur la démocratie directe, à condition qu’elle prenne en compte le moindre chatouillement de neurones de l’un quelconque des habitants du « village »; on n’avait pas fini d’en discuter, puisque entre-temps, il a ouvert le « Forum Transition » ce qui l’occupe beaucoup.
Vous parlez de démocratie directe, mais quel est le nombre de votants ?
Je pense que dans une structure quasi familiale (amis qui en forment une), la situation que vous évoquez ci-avant ne tient pas dans une communauté importante, parce que difficile à mettre en oeuvre proprement; il faut bien s’imaginer que le « village » ne sera pas composé que d’intellos, il y aura des hommes et des femmes comme moi, qui n’entendent pas grand chose aux abstractions et conceptualisations intellectuelles, mais qui, en compensation savent manier à merveille un outil quelconque.
Mais, en revanche, le caractère « réduit » du village fera en sorte, qu’après le vote, l’on pourra discuter du point de vue des minoritaires, afin d’obtenir un consensus accepté par tous. Quitte à revoter. Disons qu’il faut trouver un moyen de faire en sorte que nul ne se sente le paria dans l’affaire.
Autre chose : l’ouverture du village à l’un ou l’autre dépourvu de tout doit être envisagée, cet accueil peut devenir définitif, dès lors que l’ensemble des habitants l’acceptent; cette ouverture peut concerner également un couple d’amis, etc. A discuter.
Bien sûr, il devra exister autour du village d’autres villages (avec des règles différentes selon la volonté des uns et des autres. Villages avec lesquels on pourra échanger ou simplement donner les surplus, échanger les savoir-faire et finalement disposer de la sorte d’un four, d’un moulin, etc. mis en commun.
La vraie question, pour ce qui concerne sera le débat inévitable concernant la mode de vie dans le village d’abord (ECHANGE ou DON), entre différentes communautés ensuite. Je présuppose que ces « communautés » auront plus ou moins la même taille que la nôtre.
Cette question extrêmement importante de pratiquer soit l’un soit l’autre de ces moyens de collaborer doit être débattue et acceptée par tous, sachant que l’un des village aura son instituteur, un autre, son médecin, etc.
Sans quoi, il faudra introduire une « monnaie » valable entre les différentes communautés. L’une et l’autre des positions se défendent, et il faudra bien prendre en compte l’une ou l’autre particularité. Mais il est évident que cette compliquera les choses, outre qu’elle sera tôt ou tard l’objet d’un capitalisme balbutiant; mais on sait où il nous mènera.
J’espère n’avoir pas trop divergé du « fil » lancé par Ursumug. En outre, je m’aperçois que j’arrive bien tard sur ce billet qui date de 2009, vous voudrez bien m’en excuser.
Cordialement,
Yves