Anarchie Verte

La révolte de Gaïa

Qu’est-ce que l’Anarchisme-Vert ?

by goeland60 - novembre 24th, 2009.
Classé sous: Anarchie Verte. Libellés: .

Comme son nom l’indique, l’anarchisme-vert est un mouvement à la fois écologiste et libertaire.

Cela peut surprendre. Les écologistes ne se prétendent généralement pas anarchistes. Et réciproquement !

Pour nous, ces idées vont ensemble de manière naturelle. Le vert et le noir, l’écologie et l’anarchisme, sont complémentaires.

Dans toute société humaine, les relations entre les hommes sont le reflet des relations entre l’homme et la nature. Ecologie et organisation sociale : les deux sont liées.

Les sociétés proches de la nature sont anti-autoritaires et autogestionnaires, comme le montrent de nombreux exemples (cf Pierre Clastres, « La société contre l’état »).

Le respect de la vie et la liberté sont une seule et même chose. L’un ne va pas sans l’autre.

Une vision neuve du monde.

L’anarchisme-vert est une « confrérie » où l’on rencontre des personnes d’horizons variés : des pratiquants de l’écologie profonde aux militants de l’anarcho-primitivisme, en passant par des éco-warriors sur le sentier de la guerre…

Certains sont pour l’action violente, d’autres sont des pacifistes inflexibles… Certains sont solitaires, d’autres vivent en tribus… Certains pratiquent le réensauvagement en Amazonie, d’autres parcourent le monde pour faire découvrir ces idées…

Des idées vieilles comme le monde, des idées qui ont presque l’âge de la terre… mais qui sont restées intactes, prêtes à éclore pour nos générations.

Une vision neuve du monde, comme à son premier lever de soleil.

Face à la civilisation.

Ecologique et libertaire, l’anarchisme-vert se caractérise par une critique radicale de la civilisation.

Les divers courants de l’anarchisme-vert ont chacun leur mise en pratique, mais ils ont en commun cette remise en cause de la civilisation.

L’anarchisme-vert considère que la civilisation, depuis son apparition, conduit à un suicide collectif.

Un suicide pour la planète comme pour les êtres humains qui y vivent.

En faisant un tel constat, l’anarchisme-vert brise d’emblée un premier tabou : il n’y a pas « des » civilisations, mais « une » civilisation, à savoir la civilisation - qui possède un caractère universel.

La civilisation a porté des noms différents à travers l’histoire, mais elle a toujours le même visage, les mêmes traits communs :

- urbanisation (cités, villes),

- privatisation des ressources naturelles et du surplus de production,

- structure étatique,

- division du travail et hiérarchisation sociale,

agriculture intensive, élevage,

- échanges commerciaux et monnaie,

- connaissances scientifiques (savoir rationnel, maîtrise de la nature),

- culte du progrès, d’un avenir meilleur.

Tel est le visage universel de la civilisation à travers l’histoire.

A la base de cet édifice, se trouve un principe immuable, fondamental : l’exploitation de l’être humain et de la nature.

Un double principe parfaitement complémentaire, dont certains peuples ont été les ardents propagateurs, les imposant aux autres par la soumission ou la mort.

Naissance de l’homme civilisé.

La civilisation a vu le jour il y a environ 10 000 ans, avec les débuts de la sédentarisation humaine.  Un événement lié directement à l’apparition de l’élevage et de l’agriculture.

A la civilisation et son sédentarisme grégaire s’oppose donc ce qu’elle a fait disparaître : l’organisation de la société en tribus indépendantes, vivant de la chasse et de la cueillette.

A l’Homme Civilisé s’oppose donc le Chasseur-Cueilleur, plus communément appelé le Sauvage ou le Primitif.

Au fil des siècles, la civilisation s’est développée par des guerres de conquêtes, impitoyables pour les peuples non-civilisés.

Que ce soit au nom de la religion ou du « libre-commerce », la violence des civilisés est sans limite.

Le règne de la civilisation s’étend aujourd’hui sur toute la planète. Les derniers espaces qui lui résistent encore seront bientôt conquis.

Une course vers l’abîme

Avec les moyens technologiques modernes, l’exploitation de l’être humain et de la nature ne connait plus de limites.

Obéissant à son principe immuable qui la pousse toujours en avant, la civilisation est incapable de ralentir, et encore moins de faire machine arrière, dans sa course vers l’abîme.

Il n’y a donc rien à attendre d’elle. La civilisation ne peut être « réformée » ni « révolutionnée ».

Sa seule alternative est sa disparition.

C’est le constat que fait l’anarchisme-vert, qui appelle à une remise en cause radicale de la civilisation, jusque dans ses fondements.

Une idée choquante.

Cette remise en cause passe par celle des deux moyens d’exploitation de l’être humain et de la nature : la technologie et l’agriculture.

Une telle idée ne peut que paraître choquante ou absurde à l’homme civilisé : n’avons-nous pas la certitude de nous être libérés de la faim en cultivant la terre ?…  Et d’avoir su utiliser les forces de la nature à notre avantage, par notre ingéniosité technologique ?

La réalité est toute autre. Dès son avènement, l’agriculture a eu pour effet la famine, par sa pratique intensive qui engendre l’épuisement des sols.

De même, la technologie n’est pas neutre. Elle obéit au principe fondateur de la civilisation : l’exploitation de l’être humain et de la nature.

Il en résulte inévitablement la prolifération d’un monde artificiel, d’où l’être humain et la nature sont éradiqués.

De telles remises en cause, qui mettent à bas 10 000 ans de l’histoire humaine, demandent évidemment à être explicitées et argumentées avec précision.

Ceci fait l’objet du texte intitulé « Un autre monde » (à paraître)

Au fond de chacun de nous.

Pour l’homme civilisé qui accepte pendant un bref instant de laisser parler sa conscience, tout cela n’est pas véritablement surprenant.

Tout cela, chacun de nous « le sait pertinemment au fond de lui ».

Mais la civilisation reprend vite le dessus et nous pousse à regarder notre montre, à presser le pas pour rentrer dans le rang.

Pourtant le « sauvage »,  le « primitif » est encore vivant en nous, nous en avons gardé la mémoire. Nous avons encore en nous sa sagesse, son savoir, son courage.

Ce « sauvage en nous » refuse de participer à ce suicide collectif, où l’entraîne la « machine infernale » de la civilisation.

Ce « sauvage en nous », attend de plus en plus impatiemment le jour où il retournera à l’air libre, dans les premiers rayons de l’aube…

Pour vivre dans une société humaine, respectueuse de la terre qui nous a donné vie.

21 réponses to Qu’est-ce que l’Anarchisme-Vert ?

  1. Excellent ce texte goeland60. Je le ferai circuler.

  2. Salut;

    je trouve que ce texte souffre d’un défaut que je trouve assez présent dans celui des éco-anarchistes : il ne se présente que sous un aspect négatif.

    Je ne sais pas ce qu’un « non initié » retiendra (ça serait peut etre sympa de faire le test ?), mais j’ai l’impression que ce sera juste « ah ben voila une bande d’aigris et d’ingrats qui veulent revenir à l’âge de pierre ». Je sais à quel point il est difficile de faire passer le message écoanarchiste, va le nombre de mythes à dynamiter (perso je ne vois pas de meilleur moyens que de faire lire Ishmael), mais là je trouve que ce texte n’essaie même pas.

    * Pourquoi c’était mieux avant ? Il y a des tas de trucs chouettes à écrire sur une vie sans domination, la vie des améridiens etc. (sans omettre de préciser que l’on veut forcément revenir à cette vie, et éventuellement transposer ce que pourrait être une société (?) écoanarchiste post-industrielle)

    * Qu’est ce que les écoanarchistes proposent ? Même s’il y a plusieurs courrants, comme le montre l’article, sans propositions (même multiples, mêmes contradictoires suivant les courants) les gens se diront surement que les écoanarchistes veulent tout détruire et qu’on se retrouve à cueillir des fruits pour toute occupation.

    Bref, sans proposer un truc un peu plus sexy, je suis pas sûr que ça marchera

  3. Les remarques de Nicollas sont fondées, mais il faut bien commencer quelque part, et pour beaucoup c’est un cri de rage (et de désespoir) devant l’énormité de la situation.

    C’est sûr qu’il faut proposer des alternatives, mais chaque chose en son temps, en en fonction de ce que les gens écrivent.

    Le no2 de Vert&Noir sera encore très « anticivilisation », il s’agit d’ouvrir les yeux aux gens, mais ensuite je compte bien proposer de nouvelles visions, comme les articles de ton blog.

    Pour le no2, j’aimerais inclure l’article que Misko a commencé à traduire: http://kinoodoodaym.blogspot.com/2009/04/explication-sur-le-reensauvagement.html je le trouve très intéressant mais il faut le remanier. S’il y a des candidats, qu’ils s’annoncent.

    Il y a aussi un article en cogitation qui s’intitule « Que pouvons-nous faire », mais bien sûr cet article sera incompréhensible si l’on a pas intégré au préalable certaines critiques radicales dont la conclusion est qu’il faut faire autre chose car ce qu’on fait actuellement ne mène nulle part.

    J’en profite pour regretter encore une fois le fait que Nicollas s’est montré réfractaire au processus d’enregistrement sur le forum vertetnoir et de fait nous prive de ses avis éclairés ;-)

  4. Les remarques de Nicollas sont tout à fait judicieuses mais elles ne tiennent pas compte de deux choses :

    - d’autres textes se trouvent sur ce blog, qui répondent à ses remarques sur les lacunes de celui-ci.

    - ce texte sera suivi d’un second, plus détaillé. Le ton en sera encore malheureusement assez sombre mais il ouvre aussi des perspectives, qui manquent ici – volontairement.

    La parution de ce texte (« Un autre monde ») est indiquée juste avant la conclusion (peut-être aurions-nous dû le mettre en gras, c’est vrai qu’on ne ne voit pas beaucoup).

    J’ajouterais ceci : donner des alternatives n’est pas simple.

    A mon sens, l’avenir de la planète pourrait être très complexe (d’autant que notre génération n’en verra – peut-être – que les vagues prémisses).
    Vouloir en parler en quelques lignes donne souvent un aspect un peu naïf, je trouve, et c’est là que nous perdons aussi de la crédibilité.

    C’est pour cela que sur ce point, je préfére rester assez vague, pour laisser le soin au lecteur/trice de faire lui-même travailler son imagination à partir du constat du monde désastreux dans lequel nous vivons.

    Comme Urscumug, j’invite Nicollas à se joindre à nous pour étoffer notre réflexion et sa mise en pratique.

  5. Salut,

    je n’ai peut être pas le même parcours, car pour moi l’écoanarchisme c’est surtout une immense satisfaction d’avoir découvert une certaine « vérité », une vision qui me permet de lire le monde différemment, et également un espoir extraordinaire (à travers la permaculture) pour enfin vivre de manière satisfaisante.

    Du coup, dans l’esprit permaculture, je suis complètement tourné vers les solutions et l’intégration.

    Je comprends qu’il faille faire une critique de ce qui ne va pas avant de proposer des solutions, mais je pense qu’il peut y avoir une vision positive. Puisqu’il y a critique, et proposition, c’est qu’il y a une vision désirée, donc autant la dire, et avant la critique. C’est ce que fait le texte sur le réensauvagement que tu as cité et que je trouve bien (à part que le désiré se réfaire trop à l’actuel, par exemple sur la nourriture).

    Ça me frustre de ne pas pouvoir participer (ou seulement lire) les messages du forum, mais je trouve vraiment cette sélection sur dossier incompréhensible et répulsive,

    a+
    Nicollas

  6. (désolé je n’avais pas vu ta réponse Goeland)

    Je regarde régulièrement le blog, mais je trouve que le ton global est à peu près le même que celui de l’article. Effectivement le blog peut former un tout, mais personnellement je pense qu’un texte « Qu’est ce l’anarchisme vert ? » devrait se suffire à lui-même par sa vocation introductive, et ne pas nécessiter des pièces du puzzle qui se trouvent ailleurs.

    Même si le billet ouvre des pistes à la fin, je trouve que le timing est essentiel, selon moi crititquer en premier est une erreur (universelle dans les textes écologistes par exemple), puisque je crois que les gens ont besoin :

    1) d’une vision positive (voir le fin d’Ishmael et BC de Quinn)
    2) (optionnel) d’une critique pour comprendre pourquoi ce qu’on nous présente comme merveilleux ne l’est pas (si la vision d’un autre possible ne suffit à susciter l’adhésion)
    3) de solutions, ou de méthodes pour créer des solutions, pour tendre vers cette vision (cf. perma, révolution néo-tribale de Quinn, réensauvagement ?, etc)

    Hope that helps :)

  7. Salut Nicollas :-)

    Je vais faire court pour ne pas entrer dans un dialogue qui n’a pas sa place ici.

    Je suis allé lire en détail ton blog, que je trouve de très grande qualité. J’ai pu me rendre compte ainsi à quelle point nos opinions sont éloignées.

    Je pense que cela apparaîtra clairement lorsque tu liras – dans les semaines à venir – la suite de ce texte.

    Je suis anticiv’ à bloc :-) Ce qui n’est pas le cas de tout le monde sur ce blog.

    Pour moi « noir c’est noir il n’y a plus d’espoir ». Je pense que c’est justement quand nous sommes totalement désespérés que nous pouvons trouver les moyens (ou pas) de changer vraiment les choses.

    Les gens qui nous gouvernent l’ont bien compris : ils nous font tenir avec l’espoir tous les matins. Ce sont eux les grands utopistes. Pas les éco-anarchistes.
    Ceux qui nous gouvernent (et leurs opposants officiels) nous promettent quelque chose qui n’arrivera jamais.

    Les gens ne se révoltent que quand ils n’ont plus aucun espoir.

    En tout cas, un débat sur nos positions respectives serait éclairant pour les lecteurs/trices.

    Nous en reparlerons certainement à l’occasion de la parution de cet article.

    D’ici-là j’irai visiter régulièrement ton blog (cela me fait réfléchir aussi).
    A bientôt !

  8. Salut Goeland. Effectivement je serais curieux de connaitre un peu mieux tes positions, j’ai lu que tu avais posté un long message sur le forum, que malheureusement je ne peux pas lire :)

    Apparemment on diverge aussi sur la psychologie du changement ! Je pense que le désespoir renforce la soumission envers le pouvoir dominant, et que même si une révolution se passe, on ne peut pas construire une alternative seulement sur un rejet. L’absence de vision désirable commune laisse place à la mise en place d’un système par des leaders, et l’élite est remplacée par une autre élite (même si les conditions du peuple ou de la gouvernance peut changer). Je pense que l’heure n’est plus aux révoltes, mais à une réappropriation par les gens de leur vie, qui ne peut se construire selon moi que par un désir de tendre vers quelque-chose.

    au plaisir de discuter avec toi !

  9. @ Nicollas

    Tes arguments sont convaincants.

    J’avoue que j’ai fait un peu de provocation avec mon « éloge du désespoir ».

    Disons 99% d’espoir et 1% de désespoir absolu. Ce petit 1% me semble important.

    « L’heure la plus sombre est celle qui précède l’aube » :-)

    Je suis quelqu’un d’un grand optimisme, et l’espoir ma joué des tours pendables, mais je reconnais sa très grande valeur, que tu décris très bien !!

    Concernant mon post sur V & N, il n’apporte rien à ce texte, c’en est le brouillon initial, en fait.

    Merci de m’avoir redonné espoir ! :-)
    Bien cordialement

  10. Sur le site anarchiste = endehors.org
    article = Vive l’Anarchie
    en réponse à une présentation par des gens de Rouen de ce qu’est la « vraie anarchie », suivi de quelques commentaires, signés Talnéo, ou encore « révolte », j’ai répondu ceci :
    « Talneo a raison de voir dans le texte des anars du groupe de Rouen des lacunes pour décrire la « véritable anarchie ». Pour « révolte », cet article met les points sur les i. Certes, mais s’il n’y avait qu’une seule lacune, celle relevée par Talneo, cette oubli de la remise en cause du système monétaire !

    Car il y a bien d’autres lacunes !

    Ce groupe de la Fédération Anarchiste fait la liste des « points fondamentaux inséparables » à la façon du 19e siècle, comme si rien ne s’était passé depuis !

    On pouvait encore croire à cette époque qu’il suffisait de virer les accapareurs, les capitalistes, les patrons, pour ensuite prendre leur place et avoir nous-même en mains nos outils de travail. On était encore en ce siècle naïf vis à vis du monde industriel, et on croyait qu’il suffisait de se battre pour obtenir la « mise en commun des moyens de production, de distribution et d’échange ».

    On pensait que les usines permettaient d’obtenir « des richesses », et que la « juste répartition » était le seul problème pour assurer « le bien-être ».

    Plus personne ne pense celà depuis au moins Mai 68 ! Sauf quelques fossiles, archéo-marxistes ou autres…

    La subversion situationiste remettant en cause la « société de consommation »(Henri Lefebvre), la quotidienneté absurde de la vie moderne, la « misère en milieu étudiant »(le Manifeste situ de Strasbourg en 67), le tout galvanisé par l’arrivée de Californie de la « subversion écologique », de la contre culture, des hippies aux Diggers,et le dépassement de l’ouvriérisme avec Marcuse, tout cela a jeté à terre les trop simplistes revendications marxistes…

    Oui, il faut foutre en l’air le capitalisme !

    Mais pas pour se contenter de récupérer les moyens de production. Ces « moyens » aussi , on veut les foutre en l’air. Suffit pas « d’exproprier les patrons pour que les travailleurs prennent en mains les outils de travail » .

    On ne veut pas de ces outils. On ne veut pas de ce travail. On ne veut pas de ce « bien-être » dicté par la seule « répartition des richesses créées ».

    A bas le mode de vie bourgeois, à bas la richesse, à bas le travail !

    Vive le luddisme ! Rien n’est à respecter dans leur société industrielle.

    Avec le capitalisme doivent disparaître les usines.

    Ce que les naïfs de Rouen appellent « richesses créées », ce ne sont pas des richesses, mais des sources à emmerdements, des trucs polluants et la plupart du temps inutiles, ne produisant en rien du bonheur. En plus, des choses « créées », cela n’existe pas. Tout est fabriqué. Et c’est chiant. Les choses n’apparaissent pas tout à coup, par miracle, créées !

    Parce que nous sommes encore colonisés par la mentalité bourgeoise, nous sommes émerveillés par les « richesses », la vie des riches continue à fasciner.

    Sauf les anars vraiment révolutionnaires.

    Nous, nous n’en avons rien à foutre de leurs « richesses ». On veut rien de leur mode de vie absurde dans la société industrielle et urbaine. On veut TOUT changer, et non pratiquer seulement cette misérable permutation, juste exproprier le patronat pour prendre leur place. On n’a rien à prendre. On ne veut pas travailler du tout. Les outils de production ! Rien à foutre ! Ce sont des outils d’esclavage. Même dans des usines anars autogérées avec juste répartition et sans chefs, dans une société sans Etat !

    Notre amour de la liberté est total. Pas question de céder au prétexte des « nécessités » de la production. Nous savons que l’existence d’usine est inconciliable avec notre soif de liberté.

    On ne peut plus réfléchir comme au 19e siècle ! Bakounine n’avait pas tout vu ! En ce siècle naïvement scientiste et productiviste, on n’avait encore rien compris à l’écologie. Maintenant, on sait.

    On sait que le rêve de la société industrielle est une utopie mortelle, qu’elle induit un mode de vie qui ne peut pas durer, sauf en provoquant la pollution généralisée, l’épuisement des ressources naturelles, la disparition des espèces sauvages, le bouleversement climatique, la raréfaction et l’empoisonnement des terres cultivables et donc les famines. Les usines, qu’elles soient de gauche, de droite, ou anars, c’est toujours le même effet désatreux, qu’on peut mesurer en « empreinte écologique ».

    Les anars marxistes ouvrieristes ont un siècle de retard.

    Nous, anars révolutionnaires, on veut vraiment le changement, et pas seulement mettre fin au capitalisme. On veut changer totalement cette société en arrêtant avec cette société industrielle polluante et destructrice des équilibres écologiques.

    Vraiment changer, c’est quitter ce vieux reste judéo-chrétien qu’est l’anthropocentrisme. Cette planète est la maison (« oïkos ») de toutes les espèces vivantes, et pas seulement de la seule espèce humaine. Etre révolutionnaire, c’est être biocentriste, et donc mettre en place , au pluriel, des sociétés modestes, à taille humaine, gérables de ce fait sans la moindre hiérarchie, la moindre tutelle. Fini le travail. Fini la division des tâches. On ne veut que des choses fabricables simplement, avec des moyens tranquilles, artisanaux. On ne veut que des artistes et créer de nos mains des oeuvres d’art. Des oeuvres uniques. Plus jamais du travail à la chaîne. Voilà le véritable progrès : tout ce qui augmente la vie épanouissante, calme et détendue, qu’entourée de beaux objets fabriqués avec art et amour .Tout le reste est régrès, retour à la hiérarchie. La production industrielle est inséparable de la frustration, la non transparence des processus de fabrication, la discipline et la hiérarchie.

    Une centrale nucléaire anar ? Tu veux rire !

    Nous, on ne veut pas comme nos amis de Rouen, d’ une révolution minuscule, qui ne changera pas grand chose face à l’énormité des impasses écologiques de notre monde.

    Et on veut que dans la « juste répartition », soit compté les besoins d’espaces et de belle nature sauvage de chacune des autres expèces animales et végétales, pour que elles aussi puissent d’épanouir.

    C’est pour celà aussi que nous sommes contre la société industrielle.

    En clair, il est temps de se mettre à l’heure des réflexions pionnières des anarchistes primitivistes, dernier né des courants de pensée dans la galaxie révolutionnaire, courant encore très ouvert, qu’ aucune « doxa » ne paralyse tel une théorie zerzanienne ou autre. D’ailleurs comme anars, jamais nous n’accepteront une quelconque « doxa » capable de lister les « points fondamentaux » avec autorité, à la façon de ce « Groupe de Rouen de la F.A ». Nous serons toujours dans le provisoire de réflexions fragmentaires et modestes, toujours appelées à être modifiées et améliorées.

    Pour en savoir plus, voir les tentatives fragmentaires éditées à l’Encyclopédie des Nuisances, ou à La Lenteur, ou à L’Echappée, ou encore du côté des gens de P.M.O. ou d’ Oblomoff.

    De toute façon, n’importe quel courant de pensée né au 19e siècle et non profondément bouleversé depuis, donc faisant comme si la dimension écologique des problèmes n’existait pas, est un courant de pensée qui n’a plus rien à dire aujourd’hui.

    C’est ce qui est hélas arrivé aux anars de la Fédé, à Rouen . A moins qu’ils complètent leur texte !

  11. Bonjour, je suis nouveau sur ce site, ça fait du bien de trouver enfin des idées nouvelles qui sortent de la soupe qu’on entend tout les jours.
    ça fait du bien aussi de savoir que enfin je suis pas seul.
    Je commence juste à parcourir ce site et je vais continuer tard cette nuit et ces jours ci.

    Une seule chose m’inquiète, la répression des libertés augmente de plus en plus en France, le Net est très mal vu par les autorités car il trouble l’ordre public. Des commissions travaillent déjà d’arrache pied pour légiférer.

    Est ce que vous ne pensez pas qu’ils vont arriver à faire fermer ce site? Ou « infiltrer » des participants qui vont fortement dégrader le débat, en divergeant sur d’autres sujets, en l’encombrant de lourds messages inutiles, en semant la zizanie.

    J’ai souvent remarqué ça sur d’autres sites. J’espère que ça ne se passera pas comme ça ici.

    (Ps: un gabian c’est un goéland en provençal).

  12. Bienvenue gabian et bonne lecture.

    Ce qui se dit sur ce site a pour vocation de révolutionner l’ « ordre » public en profondeur, en douceur et en lenteur. Il n’y aura jamais rien ici qui justifiera une intervention judiciaire, même si ce n’est pas exclu, quand on voit la dérive fasciste de nos démocraties. Si cela arrivait nous irions simplement ailleurs.

    Quant aux saboteurs infiltrés, nous ferons le ménage si nécessaire, pour l’instant ça n’a pas été utile.

  13. que pensez-vous du livre de Michel Tarrier =
    Le peuple dernier.
    éditions L’Harmattan
    fin novembre 2009

  14. Salutations du Goeland breton au Gabian provençal ! :-)

  15. @ Sauvagetoutnu : je n’ai lu que des extraits du livre de Michel Tarrier.
    J’avoue que le style de l’auteur m’agace un peu par ses grandes phrases un peu grandiloquentes, mais c’est personnel.

    Je ne sais pas ce qu’il propose comme alternative. Il donne l’impression d’être assez flou. Va-t-il au bout de ses conclusions ?

  16. Tu peux pratiquer la permaculture (ou autre technique, ou mode de vie) et entretenir des relations marchandes ou bureaucratiques avec les gens, d’où la nécessité d’abattre le capitalisme, la civilisation et tous les contraintes sociales, détruire les institutions et les rôles sociaux actuels, de déconstruire notre socialisation et de nous guérir de nos traumatismes psychologiques, les mécanismes entretenus par notre culture.

    Je ne dis pas que le réensauvagement, la permaculture, l’auto-construction, en fait, l’apprentissage de « techniques » plus primitives ou écologiquement viables ets inutile, loin de là, mais que ça reste principalement des techniques, et nous ne serons pas plus libres seulement avec des techniques, il nous faut travailler sur les relations (sociales et interpersonnelles) qu’on entretient entre nous et sur le conflit social (le rapport social que nous vivons aujourd’hui dans notre région). Nous devons comprendre la problématique de nos sociétés civilisés, nous devons prendre position dans le conflit social et nous devons créer des cultures et des communautés (une nouvelle sociabilité) qui satisfont nos désirs de liberté et qui pourront soutenir notre offensive/résistance contre la civilisation, le capitalisme et l’État.

    Au-delà d’un trait de personnalité, je dois avouer que la réalité objective me rend plus pessimiste qu’optimiste, mais il est important d’essayer, d’agir sur notre monde.

    Au plaisir,
    Kipawa

    p.s. je pratique moi-même une forme de permaculture. mon message n’est pas une critique de la permaculture, mais une critique de la technique comme solution à un problème social.

  17. J’ai oublié de vous dire que j’aime bien le texte. La forme fait plus « manifeste » ou « document de travail », mais j’aime bien le contenu, je trouve que cela a un énorme potentiel. Je comprends que le sujet est très large, mais si tu veux que ce soit solide, je te conseille de prendre ton temps puis de le travailler peu à peu. L’idéal c’est le brasser avec les autres anticivs ici et de le rendre plus « collectif ». Les gens ont parfois des choses à amener que tu n’avais pas pensé, ils soulèvent parfois des failles, te donnent des critiques constructives, font des nuances, des ajouts, des arguments supplémentaires, etc.

    Je n’ai pas grand temps présentement, mais je suis toujours intéressé par ce que vous faites, je vais voir ce que je peux faire…

    Kipawa

  18. Salut Kipawa,

    Nous avons justement en cours un projet collectif, sur le Forum Vert et Noir, qui serait une sorte de présentation de toutes ces idées, sous une forme différente :
    voir sur le forum la rubrique « roman vert et noir », avec les derniers posts qui précisent le projet.

    Ta participation – même limitée en temps – serait la bienvenue !

  19. Salut,
    J’ai exactement la même critique que Kipawa à faire concernant la permaculture.
    Concernant l’anarcho-primitivisme, ma critique serait plutôt la suivante:
    - Comment être certains qu’une fois la civilisation effondrée, les individus n’en recréeront pas une nouvelle, de la même manière qu’ils l’ont fait il y a 10 000 ans? Si nous avons développé l’agriculture et la sédentarisation qui a ensuite fait éclater nos communautés, n’était-ce pas parce qu’il y avait (au moins au départ) de véritables avantages à ces techniques?
    J’ai publié un article sur ce sujet, sur mon blog:
    http://grainedeflibuste.wordpress.com/2010/01/16/la-reussite-fragile-du-partage/
    - Ne faudrait-il pas tout de même une société, un système quelconque, qui permettrait de maintenir une société primitive telle que vous la révez? En empéchant la marchandisation des ressources, ou en pérennisant les territoires des différentes communautés, en interdisant certaines techniques, ou certaines pratiques sociales (la marchandisation du travail, par exemple) ?
    - Ne vaudrait-il pas mieux essayer de créer une NOUVELLE société, à la fois durable et attrayante ? (en cela, la démarche permaculturelle est sur la bonne voie, mais pas suffisante, comme l’a dit Kipawa.
    Je serais ravi que vous puissiez réagir à mes articles à ce sujet, car c’est un dilemme extrêmement important, il me semble, d’autant plus maintenant que nous avons passé le pic du pétrôle, et que nous devons anticiper une descente énergétique; et donc que nous sommes face à une nouvelle ère.

  20. Bonjour,

    Concernant la permaculture, je rajouterais seulement que ce n’est pas une technique car, et c’est son originalité, elle met la primauté sur les principes éthiques. Ce point est souvent oublié, mais les premières paroles de Bill Mollison dans « Global Gardener »
    http://www.dailymotion.com/video/x6zjb6_permaculture-bill-molisson-global-g_webcam sont « permaculture starts with an ethic ».

    Ramite demande comment être certains que les survivants ne recréront pas une nouvelle civilisation ». C’est effectivement une question fondamentale qu’il faut débattre et en synthétiser le résultat dans un article.
    Le correspondant d’Ishmael se pose la même question:
    http://frishmael.wordpress.com/2010/01/29/ishmael-147/

    Je pense que la première erreur qu’on fait en se posant ce genre de question, c’est de considérer que la civilisation, ou l’agriculture sont une fatalité, une évolution naturelle*. Plusieurs civilisations se sont effondrées sans que les survivants décident de recommencer.
    Notre civilisation a ceci de nouveau qu’elle est quasiment globale et son effondrement risque d’être tellement horrible et total qu’il fera partie des mythes du futurs, comme le déluge, et les gens se garderont bien de recommencer, en tout cas pas avant plusieurs millénaires, si c’est encore possible (cf. théorie Olduvaï).

    Quant à créer une nouvelle société, ou même en proposer une nouvelle, c’est hors de portée d’un groupe, même important. La seule chose que nous pouvons faire, je pense, c’est changer notre esprit et notre comportement, et espérer que ça soit contagieux, et prier pour que le timing soit bon.

    * A voir les photos et textes sur les Hazdas, ceux-là ne sont pas pressés de se civiliser ou de se sédentariser.
    http://ngm.nationalgeographic.com/2009/12/hadza/finkel-text

  21. Salut Ramite, j’irai lire ton blog en détail (je l’ai seulement parcouru, ce soir, cela m’a beaucoup plu).

    L’avenir est à la « Sylvilisation » ! ;-)

    Un texte est en préparation sur ce thème (ce sujet est abordé dans « L’histoire de Léa et du Peuple Sauvage » ;-)

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