Technologie appropriée

Lorsqu’on évoque la société idéale dans des discussions entre anarchistes, tout le monde est d’accord pour dire que certaines productions (et donc certaines technologies) seront abandonnées, comme par exemple les produits  polluants, les armes de destruction massive, les voitures et les montres de luxe, etc. Mais pour le reste, peu voient les implications des autres « bonnes » technologies et la difficulté qu’il y aurait à les conserver.

Dans un autre domaine, en permaculture[1], lorsqu’on parle des implications  d’un produit, on prend souvent l’exemple de la tasse de thé.

Il y a d’abord la tasse de thé industrielle, celle qui est bue par l’occidental moyen.

Sans aller dans le détail des opérations, on ne peut que constater l’importance du dispositif nécessaire à la production d’un sachet de thé dans son emballage individuel, à sa préparation, puis au traitement des déchets générés, dont l’urine.

On présente ensuite la tasse de thé façon « permaculture ». On voit tout de suite que le processus est plus simple, plus autonome, reproductible à l’infini et qu’il ne génère pas de déchets.

(Il y a quelques simplifications dans les deux cas: organismes et flux financiers dans le premier graphique, bouilloire électrique dans le second)

Les permaculteurs se sont donc posés la question de savoir ce qu’était une technologie appropriée, c’est-à-dire une technologie qui soit compatible avec les principes éthiques et les principes de conception de la permaculture, les anarchistes pourraient faire de même pour savoir quelle est la technologie appropriée avec leurs principes libertaires et égalitaires[2].

Voici donc la liste non exhaustive des questions qu’on pourrait se poser pour évaluer une technologie :

1. est-ce qu’elle est vraiment nécessaire ?

2. quels sont les effets secondaires ?

3. ne peut-on pas la remplacer par une variante low-tech ou no-tech ?

4. quelles sont les dépendances pour maintenir cette technologie ?

5. est-ce qu’on peut la produire dans un univers décentralisé ?

6. est-ce qu’elle est polluante ?

7. est-ce qu’elle épuise des ressources non renouvelables ?

8. est-ce qu’elle fait appel à des ressources dont l’approvisionnement va nécessiter spoliation, guerre et violence contre d’autres humains ou contre la nature ?

9. est-ce que sa production nécessite un travail de forçat ou d’esclave ou de travailleur exploité ?

10. est-ce qu’elle nécessite un contexte économique et financier pour sa production et/ou sa distribution ?

11. est-ce qu’au final seule une élite peut se la procurer ?

Alors si on prend le cas d’un ordinateur, et son complément indispensable Internet, voici ce que ça pourrait donner :

1. Elle nous est nécessaire actuellement, mais au milieu d’une forêt on s’en passe très bien.
2. Dé-socialisation, divertissement des choses importantes, gaspillage de ressources et d’énergie, impacts négatifs sur la santé
3. Dans ce cas non, quoiqu’il faudrait prendre cas par cas, par exemple Wikipedia existait avant dans la mémoire collective et ancestrale d’une tribu.
4. Dans ce cas elles sont énormes, il faut un réseau global de communication, sécurisé, avec des instances centrales pour le maintenir, des centrales nucléaires pour l’alimenter, des usines pour produire les composants, des mines pour les ressources, des filières pour récupérer les déchets, etc. etc.
5. Non
6. Énormément, un avatar sur Second Life aurait une empreinte écologique supérieure à un habitant du Burkina-Faso
7. Oui
8. Oui
9. Oui
10. Oui, même les logiciels libres existent généralement grâce à ce contexte. Ubuntu est payé par un milliardaire, Open Office et MySql sont financés par Sun/Oracle. Les autres sont fabriqués par des employés d’entreprise qui tolèrent ces développement parallèles, ou des étudiants financés par leurs parents et/ou les universités.
11. Oui, à l’échelle mondiale

On voit tout de suite que pour diverses raisons il n’est pas souhaitable de maintenir cette technologie en l’état. On pourrait encore se poser la question d’un downsizing, c’est-à-dire de réduire la quantité et l’obsolescence des ordinateurs, par exemple un par village ou quartier, mais il n’est pas garanti que son développement soit encore compatible avec le modèle économique en vigueur.

Mon sentiment général est que, dans un monde égalitaire respectueux de la nature et soucieux de son équilibre, il ne reste pas beaucoup de place pour les objets technologiquement avancés.

Cette réflexion n’est pas forcément gratuite, qui peut dire ce que nous réservent les prochaines décennies ? Nous serons peut-être amenés à faire les choix de conserver ou non des infrastructures, des savoir-faire et des moyens de productions dans un monde où il y aura de moins en moins de ressources et d’énergie.

Mouton sauvage – 2010

[1] Permaculture: Mode d’aménagement écologique du territoire, visant à concevoir des systèmes stables et auto-suffisants et à produire de la nourriture en renforçant l’écosystème. Voir permaculture sur Wikipedia.

[2] En y regardant de plus près, on verrait qu’ils ne sont pas très éloignés des principes éthiques de la permaculture et vice-versa.

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7 Responses to Technologie appropriée

  1. misko says:

    Excellent. Je le fais suivre.

  2. Kipawa says:

    Des questions concrètes à propos de la production auxquelles tous anarchistes devraient se poser et tenter de répondre.

  3. Bobzdar says:

    De la nécessité de maintenir un niveau de technologie non-néfaste!
    (Avis aux membres du forum)

    En m’amenant à réfléchir de façon GLOBALE à l’impact d’un élément quelconque de technologie sur l’environnement, tu m’as fais prendre conscience de l’importance de tenir compte de chaque maillon du cycle de production industriel.

    Ainsi, une finalité positive peut dissimuler un processus de production parfaitement malsain (comme c’est le cas pour les panneaux solaires).

    Merci à toi l’ami!

  4. chien agile says:

    enfin!… je désespérais de voir ces questions posées sur un site anarchiste. Je parie qu’indymédia n’en veut pas, pas plus que la F.A…. peut-être que je me fais des idées mais j’ai l’impression que le mouvement anarchiste français (celui qui apparait sur le net, en tout cas) est citadin et très loin des réalités de la production agricole, et la nature y est suspecte (voire rétrograde ou réactionnaire). Le rapport à la nature et aux besoins élémentaire (abri, nourriture, eau, dans le désordre) y est vu sous l’angle de la consommation, et du rapport de classe. La nature est peut-être très au delà de la lutte des classes, hormis peut-être le côté confiscation par l’appropriation privée et individuelle de la terre.
    Pour ce qui est d’internet, les cybercafé sont la réponse la plus avancée en terme d’égalité d’accès et de socialisation. On peut envisager que le capitalisme et l’atomisation des individus sont le résultat d’un consensus assez large. Autour de moi, personne n’a envie de savoir, de se responsabiliser, et de réagir. A priori, ce n’est pas enviable mais en supposant que ce soit viable (de réagir).
    bien à vous

  5. kercoz says:

    Pour rester pragmatique , il me semble que la vision d’une société « idéale » est actuellement ni crédible ni pertinente .
    Nous sommes en debut de dépletion economique résultant d’une déplétion énergetique .
    Si la globalisation s’en trouve interdite , du moins fortement contrariée, un recentrage vers des relocalisations imposera des circuits courts . Meme sans délitement societal traumatisant , les solutions stabilisantes optimum co-incident avec (notre) vision idéalisée d’un système valorisant mieux l’individu .
    Dans la dynamique d ‘un système ,il n’est pas possible de l’interieur de vaincre son inertie (imaginer une toupie) . Par contre sur des periode perturbante induites par des evennements exogènes (en cours) , cette dynamique passe par des « points d’inflexions »(pour les matheux) ou cette inertie s’inverse , s’affaiblit et passe par zero .
    C’est a ces moments et seulement a ces moments que l’on peut agir sur la future dynamique .
    Attendre cesmoments pour « agir » est inefficace . Etre deja en place sur un modèle stable et attracteur peut décider du futur et desa futur dynamique .
    Il n’y a actuellement pas de solutions globale . Il n’y a de solutions que personnelles . Si un nombre suffisant de groupes , villages ou familles se réfugient ds une vie simple , a tendance autarcique , ce modèle peut etre LA solution de secour d’une société en crash .
    Pour les periodes transitoires , des outils techno , comme le Net peuvent , me semble t il etre conservés . (gros débat sur OLEOCENE sur ce sujet)
    Ce qui coute cher en energie , c’est le transport humain . Le transport des marchandises et cheap pour des tas de raison. Le NET permet de réduire , voire supprimer un tas de déplacements : achat ; vente ; scolarité ; documentation; loisir ; information……………Au niveau énergetique , épuré des voraces musicaux et films ,pubs etc …, je pense que s’il faut une centrale pour alimenter les serveurs et les terminaux , ils peuvent en économiser 50 de centrales .
    Perso , je suis bokkiniste . Depuis 5 ans , je ne fais p^lus de salons , marchés ou foire . j’economise 3 à 5000 km /mois , restaus, hotels ou bivouacsds le camion , autoroute , usure camion , etc ….
    Un reseau NET doublé d’un reseau de transport d’objets (gares ou terminal camion/bus ds chaque village ) permet de livrer ou acheter un vélo ou 50 kg de patates sans faire plus de 5 km .

    Certains objets techno sont de bon interet et demandent peu d’energie . Pour remonter de l’eau ds un chateau d’eau , donc avoir de la pression a l’evier , il suffit de 2 ou 3 kw qui ne tournent que qqs heures par jour .

  6. Il faut une vision de société idéale crédible sinon il sera impossible pour beaucoup de simplement imaginer qu’un autre monde est possible et donc d’agir.

    Si on peut avoir un robinet avec de l’eau (idéalement chaude) sous pression en répondant positivement à toutes ces questions, tant mieux, j’ai horreur des douches froides.

    Pour le reste, je n’ai pas l’impression que l’utilisation croissante d’Internet aille avec une diminution de la consommation énergétique (à moins que la stagnation actuelle n’ait rien à voir avec la crise ni avec la déplétion).

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