Agriculture: la fin du monde que nous connaissons

de John Feeney

Alors comment se passe pour nous tout cet environnementalisme moderne – la vie en vert, les crédits carbone, la consommation réduite, le développement dans le Tiers Monde, de meilleurs panneaux solaires ? Si tout cela semble désespérément inadéquat, même risible face à la crise écologique globale actuelle, peut-être que c’est parce que c’est enraciné dans le déni des origines du drame écologique qui se déroule en ce moment.

C’est un drame dont le changement climatique ne représente qu’une partie. Il remonte à dix mille ans et plus dans le passé humain, nous confronte à notre relation à la nature, et nous rappelle au souvenir des civilisations abandonnées.

Nous nous détournons de ce drame car il soulève des questions troublantes en lien direct avec les fondements de notre mode de vie. Mais, étant aux prises avec des crises environnementales convergentes, et le spectre de l’effondrement écologique généralisé, par égard pour l’avenir des humains, il est temps d’y faire face.[1]

La grande transition

Prenez du recul et considérez l’ensemble de l’histoire humaine. Pendant deux millions et demi d’années, bien au-delà de 99% de notre existence sur Terre, nous vivions en petites bandes ou tribus, cueillant et chassant notre nourriture. Avec des paniers et des outils de pierre, d’os, et de bois nous parcourions la forêt, nous fondant gracieusement au sein des écosystèmes de la Terre.

Puis vers 8 000 av. J.-C. nous commençâmes la transition vers l’agriculture, cultivant et stockant notre propre nourriture. Cela changea tout. Sans doutes, il n’y a eu que deux phases fondamentalement différentes de l’existence humaine : avant et après l’agriculture.

Pourquoi la transition? Pourquoi abandonner quelque chose qui avait marché pour nous pendant des milliers de millénaires ? Nous avons des suppositions qui ne sont que partiellement fondées. Peut-être que des changements climatiques rendirent la chasse moins productive ou la domestication de grains en certains endroits plus attrayante. Personne ne mentionne, cependant, que seulement quelques personnes eurent à faire le changement initial pour qu’il mette le monde sous son joug. Il n’y a pas non plus beaucoup d’observateurs qui reconnaissent que l’adoption de l’agriculture ne nous fut pas aussi bénéfique qu’on a voulu nous le faire croire.

À quel prix?

Examinez-la de près, et en fait  l’agriculture émerge tel un tremplin pour la plupart des problèmes environnementaux et sociaux actuels.

Oui, elle a rendu possible la civilisation avec ses villes, avions, et corporations. Mais à quel prix ? Son impact le plus immédiat a été l’élimination de tous ceux qui étaient sur son chemin tandis que des cultures agricoles se sont répandues à travers le monde. En partie génocide et en partie tueur de culture, le processus continue aujourd’hui tandis que la poignée de chasseurs-cueilleurs sur Terre qui existent toujours luttent pour la survie.[2]

Avec l’agriculture est venue une grande augmentation du travail et un déclin abrupt de la santé, ce fait a été découvert par des archéologues examinant les os et les dents de gens vivant dans les mêmes régions avant et après l’agriculture. Elle a apporté les hiérarchies sociales, l’inégalité sexuelle, la famine, l’esclavage, les horloges-pointeuses, l’argent, et une escalade massive de la violence.[3] Jared Diamond l’appela « la pire erreur de l’histoire de la race humaine. »[4] Plus récemment, l’anthropologue et généticien Spencer Wells apporta sa propre liste de quelques uns des coûts de ce changement, de cet abandon de la chasse et de la cueillette: « diabète, obésité, maladie mentale, changement climatique. »[5]

Moins publicisés ont été les impacts écologiques de l’agriculture. Les textes d’histoire glorifient la civilisation, basée sur l’agriculture, comme étant l’apogée de l’existence humaine. Ils ne mentionnent pas que cela a nécessité la fin de la vie en harmonie avec la nature en tant que membres contribuant aux écosystèmes locaux. L’auteur John Zerzan a déjà dit de l’agriculture que « La terre elle-même devient un instrument de production et les espèces de la planète ses objets. »[6]

Essayer de vivre séparé de la nature comporte un prix. Pourquoi ne prenons-nous pas plus au sérieux les nombreux peuples, tels que les Maya et les Anasazi, qui adoptèrent l’agriculture et virent finalement leurs civilisations s’effondrer tandis que la sécheresse, l’épuisement des ressources, ou la raréfaction de terre arable pour une population croissante envoyaient un message récurrent de la nature? Pourquoi n’entendons-nous pas parler de ceux qui quittèrent tout simplement et retournèrent à la chasse et à la cueillette ?[7]

Contourner les limites de la nature

Le problème de l’agriculture est en partie un problème de nombre. Avant l’agriculture, la taille des populations humaines était régularisée par le même processus qui marche pour les ours noirs, les dingos, les bonobos, les truites arc-en-ciel, et les perroquets à longue queue. Ça marche pour toutes les espèces, maintenant généralement leurs nombres dans les capacités de charge. C’est simple: La population suit l’approvisionnement en nourriture. Des oscillations normales en nourriture disponible exercent de nombreuses petites influences cumulatives, typiquement sans douleurs, sur la fertilité et la mortalité. Avec l’agriculture nous avons contourné ce processus. En cultivant et en stockant la nourriture nous pouvions continuer à accroître notre propre approvisionnement en nourriture. Le résultat a été prévisible: davantage d’humains.

Dans des publications allant d’articles de journaux scientifiques aux romans, des analystes tels que Russell Hopfenberg, David Pimentel, et Daniel Quinn ont décrit un cycle continuel de croissance de population humaine suivi d’une expansion de l’agriculture afin de nourrir nos nombres croissants, suivi encore par davantage de croissance de population.[8] [9] En moins d’un pourcent de notre histoire nos nombres ont bondi de peut-être cinq millions à 6,7 milliards, une augmentation de 134 000 pourcent.

Ce cycle de croissance explique comment l’agriculture s’est propagée à travers le monde. Ce n’était pas une question de chasseurs-cueilleurs observant des fermiers et s’empressant d’adopter leurs pratiques. C’était la propagation de fermiers eux-mêmes.[10] Leur approvisionnement en nourriture toujours croissant signifia toujours plus d’agriculteurs qui eurent besoin de plus de terres et s’en emparèrent, souvent violemment.

Les impacts environnementaux résultant de la croissance de la population humaine sont bien connus. Depuis la perte d’espèces et le changement climatique à la propagation globale de toxines chimiques et la mort des récifs de corail, la multitude humaine figure comme une des forces directrices fondamentales de presque toute la dégradation environnementale.

Certains persistent à dire que ces problèmes sont principalement le résultat de la consommation excessive de ressources par personne. La population se multiplie à la consommation par personne pour déterminer la consommation totale. Mais les niveaux de consommation individuels ne sont devenus un problème global que lorsque le nombre de consommateurs devint assez grand pour les rendre tels. L’agriculture en fut la cause. Elle se joint à la croissance de la population humaine pour détruire la biosphère.

La sixième extinction massive

Parmi les principaux impacts destructifs de l’agriculture, il y a actuellement les taux d’extinctions dangereusement élevés. De la même manière que l’agriculture a envahi et repoussé les chasseurs-cueilleurs, elle a envahi et repoussé les autres espèces. La plupart des biologistes conviennent que nous sommes actuellement en plein dans la sixième extinction massive de l’histoire de la Terre, la cinquième ayant éliminé les dinosaures. Cette fois-ci une espèce – la nôtre – en est la cause.

Des preuves fossiles suggèrent une augmentation d’extinctions même avant l’agriculture. L’anthropologue Paul S. Martin a défendu l’hypothèse de la « surchasse », soutenant que la cause fut la propagation de chasseurs humains hors de l’Afrique vers des continents contenant de grands mammifères non-accoutumés à des prédateurs humains. D’autres chercheurs tels que Donald K. Grayson contestent ses conclusions et indiquent des preuves impliquant des changements dans le climat. Ce que nous savons est que les taux d’extinctions ont augmenté grandement depuis l’avènement de l’agriculture.[11]

Une cause principale des extinctions est la dévastation d’habitats. Et quoi de mieux pour dévaster, pour détruire un habitat que de raser un morceau de terre, y éliminer toute vie, pour ensuite y cultiver une monoculture exclusivement pour les besoins humains ? C’est ça l’agriculture, et elle s’est propagée sur plus d’un milliard d’hectares de la Terre. En effet, tout dommage environnemental causé par l’humain antérieur à l’agriculture est minime en comparaison de ce qui est arrivé après.

L’ère industrielle et notre utilisation du pétrole a signifié encore une autre accélération de la Sixième Extinction parce que beaucoup plus de terre a été mise en culture et la population humaine a grimpé en flèche, supprimant les habitats pour faire place à des villes, des morcellements de territoire, des centres d’achats, et des réseaux autoroutiers.

On entend beaucoup parler de consommation de ressources, particulièrement de consommation d’énergie. Pourquoi n’entendons-nous pas parler de notre consommation, à travers l’agriculture et la croissance de population humaine qu’elle entraîne, de la toile de vie même dont nous et toutes les autres espèces dépendons pour notre survie ?

Le paléontologue Niles Eldredge écrit, « L’agriculture représente le changement écologique le plus profond de l’entièreté des 3,5 milliards d’années d’histoire de la vie… En effet, développer l’agriculture revient essentiellement à déclarer la guerre aux écosystèmes. »[12]

L’auteure Lierre Keith dit, « La vérité est que l’agriculture est la chose la plus destructive que les humains ont fait à la planète… Elle requiert la destruction globale d’écosystèmes entiers. »[13]

Bien sûr, une fois que le cycle agriculture et accroissement de population a été en marche,  il sembla y avoir peu de choix. Nous fîmes ce que nous pouvions afin de continuer à nourrir nos nombres croissants. Nous nous sommes piégés. Comme Keith le dit, « Excepté les 46 dernières tribus de chasseurs-cueilleurs, la race humaine est maintenant dépendante d’une activité qui est en train de tuer la planète. »

Miner le sol

Persister à cultiver de manière non-soutenable à des échelles telles qu’il le faut pour nourrir des milliards de personnes mène souvent à l’inévitable érosion du sol et à l’épuisement des nutriments du sol. Cela se produit à des taux bien plus rapides que les taux de renouvellement naturels.

Le microbiologiste des sols Peter Salonius écrit, « La simple habitude d’enraciner superficiellement les cultures de nourriture et la nécessité de cultiver en dénudant la terre produisent l’érosion des sols et la perte de nutriments des plantes à des niveaux beaucoup plus rapides que ce qui peut-être remplacé par fixation d’azote microbienne, et l’effritement des minéraux. »[14]

Déjà nous avons perdu peut-être un tiers de toutes les terres arables à travers le monde.[15] Nous les dilapidons exactement comme nous le faisons pour le charbon et le pétrole. Keith forge le terme « sol fossile. » Ça nous a peut-être pris dix mille ans pour nous en apercevoir, mais c’est à peine le temps d’un clin d’œil à l’échelle de l’histoire humaine.

Certaines sociétés de chasseurs-cueilleurs ont inclus depuis longtemps le jardinage à petite échelle à leurs répertoires. Mais une fois que nous avons haussé  l’échelle de grandeur, en rasant des terres et en augmentant la production pour produire des surplus de nourriture, nous nous sommes engagés dans l’agriculture à proprement parler et les problèmes ont commencé. Bien qu’une option plus écologiquement sensée telle que la permaculture fasse avancer l’agriculture dans une direction plus soutenable, elle n’a jamais eu comme intention de nourrir de plus en plus de milliards de personnes.[16] Si c’était le cas elle ferait encore face au problème de la transformation de la nature sauvage, convertissant la terre excessivement au profit de la consommation humaine avec tout ce que cela implique pour la toile de vie. Cultiver à grande échelle de quelque manière que ce soit endommage gravement les écosystèmes. L’agriculture ne peut pas être soutenue.

Dépassement de la capacité de charge et effondrement

Une vision  historique du cheminement écologique de l’humanité ne laisse aucun doute sur le fait  que nous avons depuis longtemps dépassé la capacité de charge humaine. Nos nombres sont aujourd’hui supportés seulement à l’aide de mesures temporaires telles que notre utilisation des ressources limitées de combustibles fossiles et, plus fondamentalement, de notre utilisation de l’agriculture et donc de notre consommation de notre propre système de support de vie. Dans son classique, « Overshoot », William Catton appelle de tels supports « capacité de charge fantôme. »[17] Ce ne sont pas du tout des capacités de charge; elles ne peuvent pas durer.

Donc contrairement à la croyance populaire que nos technologies ont augmenté la capacité de charge, nous avons seulement créé une illusion de capacité de charge. Nous sommes une espèce qui a évolué pour vivre avec des millions d’individus, tandis que nous voici bien installés dans les milliards. Il est fondamental en écologie que, lorsqu’une population dépasse la capacité de charge, elle doit inévitablement retourner à un nombre plus bas, souvent via un effondrement.

Ce n’est bien sûr pas que notre nombre qui va décliner. La civilisation est rendue possible par l’agriculture. L’agriculture est non-soutenable. Si cela n’était pas déjà évident, vous pouvez voir où ça s’en va. On ne peut prédire la chronologie de l’effondrement de la civilisation. Les « techno-doses » et quelque résilience que la société industrielle puisse posséder peuvent la prolonger. Peu importe, un meilleur avenir, en effet le seul avenir pour l’humanité et le reste des habitants de la Terre en est un par-delà la civilisation.

Ce que nous pouvons faire, ce nous devrions faire

Peu de gens veulent entendre que l’agriculture est insoutenable. Moins de gens encore se soucient de considérer que la civilisation qu’elle soutient en viendra par conséquent à sa fin. Qui veut entendre que son monde en entier va disparaître? Pourtant aussi surprenant que cela puisse paraître, il y a de la place pour l’optimisme. La sortie sera difficile, mais elle ouvrira sur un nouveau commencement.

Idéalement nous pourrions commencer à réduire systématiquement l’échelle à laquelle nous utilisons l’agriculture et démanteler graduellement la civilisation. Nous pourrions à la place nous tourner vers une horticulture à petite échelle locale, et ensuite vers des manières de vivre tribales, non-industrielles et non-agricoles. La transition pourrait inclure un effort mondial concerté pour soutenir des mesures humaines et volontaires permettant de faire décliner nos nombres graduellement et de beaucoup.

Plus important encore, peut-être que nous pourrions travailler à propager une perspective différente de notre place dans la nature, reconnaissant que nous faisons partie de la Terre, seulement une espèce parmi des millions d’autres, aussi sujette aux lois écologiques que n’importe quelle autre. À un certain moment, les quelques groupes de chasseurs-cueilleurs survivant sur la Terre pourraient peut-être servir de mentors plutôt que d’objets d’études académiques. Ceci, toutefois, serait une affaire extrêmement délicate, parce que la dernière chose que de tels groupes ont besoin aujourd’hui est une augmentation de l’intrusion de ceux d’entre nous qui faisons partie de la civilisation.

Mais malgré les catastrophes écologiques convergentes, nous démontrons peu de signes d’un tel changement massif volontaire. Ceux qui ont des intérêts dans le statu quo veillent à le maintenir ainsi. Alors des auteurs tels que Zerzan et Derrick Jensen préconisent un mouvement de résistance intentionnel visant à accélérer la fin de la civilisation.[18] En ceci ils doivent à Edward Abbey une dette claire quoique trop peu souvent mentionnée. Le « Gang de la clé à molette » a ouvert les yeux de plusieurs générations à l’option de l’action directe contre les coupables de destruction environnementale. Jensen dit : « Les systèmes de pouvoir sont créés par des humains et peuvent être stoppés par des humains. Ceux qui sont au pouvoir ne sont jamais surnaturels ou immortels, et peuvent être débarqués. »[19] Bien que ceci soulève le spectre effrayant de déclencher la perte de vies avant que ça ne se produise autrement, l’argument est que démanteler la civilisation plus tôt laisserait davantage de vie intacte que le ferait un effondrement reporté et prolongé. Nous faisons face à de durs choix.

Le premier défi intimidant auquel font face ceux qui sont contre la civilisation consiste à désabuser assez de gens du message enraciné que notre manière de vivre est une chose merveilleuse. Peut-être, en fin de compte, que notre meilleur espoir consiste à bâtir une résistance tandis que nous travaillons à adoucir l’atterrissage à travers des efforts, par exemple, pour aborder la croissance de la population et pour protéger la biodiversité.

Pendant ce temps, des participants dans le mouvement croissant de « réensauvagement » (rewilding) travaillent actuellement à se préparer pour un monde post-civilisation. Aucune face d’enterrement ni de misérabilisme dans ce groupe, des réensauvageurs comme Peter Bauer (alias « Urban Scout »), Jason Godesky, et Emily Porter reconnaissent qu’un effondrement de la civilisation est inévitable et travaillent avec entrain vers une transition pour une manière de vivre tribale, sauvage.[20] [21] [22] Apprenant des habiletés de vie indigènes et explorant des façons de créer une connexion plus authentique avec la Terre et avec leurs proches, ils visent à « défaire la domestication. »

Des critiques soutiennent qu’ils idéalisent un style de vie que Thomas Hobbes a caractérisé de « solitaire, pauvre, désagréable, brutal, et court. » D’autres insistent que « nous ne pouvons aller à reculons. » Ce sont des réactions prévisibles, imbues du même message culturel répandu auquel nous sommes tous exposés. Il nous dit constamment que le développement de la civilisation fut une étonnante amélioration et que son parcours a été une chaîne de progrès ininterrompue. Tout va tout le temps de mieux en mieux, n’est-ce pas? Un coup d’œil à notre condition écologique à elle seule suggère que non, et Marshall Sahlins, parmi d’autres anthropologues, démolit facilement l’opinion de Hobbes dès le début des années 1960.[23]

Il est difficile, aussi pour la plupart du monde de jauger à quel point la civilisation a occupé une si petite portion de l’histoire humaine. Sans perspective il est naturel de supposer que ce mode de vie va et devrait continuer encore pour des millénaires. Le débat continue, mais l’idée que la vie de chasseurs-cueilleurs soit terrible est aussi absurde que de suggérer que la vie de gorille ou la vie de lion est terrible. C’est faux.[24]

Combien de preuves nous faut-il pour voir que la civilisation n’est pas l’expression ultime de l’existence humaine en fin de compte? Cela a été un détour momentané, l’apparition fugace d’une manière dysfonctionnelle d’aborder la vie, la conséquence de s’être écartés de la vie en harmonie avec le monde naturel. Quelque soit la voie vers le rétrécissement de la civilisation, si nous pouvons préserver suffisamment de biodiversité, ceux qui sortiront à l’autre bout auront la chance d’apprécier à nouveau une façon de vivre différente, même satisfaisante, la seule voie prouvée viable pour les humains. Fonçant vers un précipice, peut-on avoir tort d’embrasser à nouveau une vie qui a marché durant plus de deux millions d’années tandis qu’il est devenu évident que l’approche en cours est un misérable échec? Nous n’avons pas à aller en arrière; nous n’avons qu’à entretenir notre nature réelle. Quel que soit notre chemin, nous n’avons qu’à considérer les origines agricoles de notre crise écologique pour comprendre que la civilisation est un piège insoutenable.

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[1] http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature7078857.stm

[2] http://www.survivalinternational.org/news/1786

[3] http://www.primitivism.com/future-primitive.htm

[4] http://http//www.mnforsustain.org/food_ag_worst_mistake_diamond_j.htm

[5] http://news.bbc.co.uk/2/hi/science_and_environment/10257679.stm

[6] http://rewild.info/anthropik/library/zerzan/demon-engine-of-civilization/in…

[7] http://tinyurl.com/34y6fyu

[8] http://www.springerlink.com/content/u4x1r416w5671127

[9] http://www.ishmael.org/Origins/Ishmael/

[10] http://www.plosone.org/article/info:doi%2F10.1371%2Fjournal.poneooo6747

[11] http://tinyurl.com/3xrskxe

[12] http://www.actionbioscience.org/newfrontiers/eldredge2.html

[13] http://tinyurl.com/296j57c

[14] http://www.theoildrum.com/node/6048

[15] http://www.sciencemag.org/cgi/content/abstract/sci;267/5201/1117

[16] http://www.energybulletin.net/node/19334

[17] http://tinyurl.com/2altxhd

[18] http://www.endgamethebook.org/

[19] http://www.orionmagazine.org/index.php/articles/article/5340/

[20] http://www.urbanscout.org/

[21] http://tobyspeople.com/anthropik/thirty/index.html

[22] http://trackerofplants.com/

[23] http://www.eco-action.org/dt/affluent.html

[24] http://tobyspeople.com/anthropik/2008/01/noble-or-savage-both-part-1/

Pour en savoir davantage à propos de John Feeney, visitez ces sites:

http://www.johnfeeney.net/

http://growthmadness.org/

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Texte original traduit par Misko

Plus d’infos sur John Feeney

http://www.johnfeeney.net/

http://growthmadness.org/

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34 Responses to Agriculture: la fin du monde que nous connaissons

  1. Misko says:

    J’aime beaucoup cette version corrigée. Merci à, Mouton Sauvage?

    - Misko

  2. T’es trop gentil, c’est quand-même toi qui as fait le 99% du travail !

  3. kipawa says:

    Ce texte, tout en étant une critique social en soi et plus particulièrement de l’agriculture comme mode de vie des civilisés et des ses conséquences, est une très bonne synthèse des idées anti-civilisation. Merci à vous deux. Je vais reproduire ce texte dans le prochain numéro de la Mauvaise Herbe (automne 2010), en indiquant bien-sûr la source.

    Kipawa

  4. sinziana says:

    D’abord (hé hé…) des textes anti-civilisation sur le net, c’est cocasse.
    … mais pas forcément inintéressant. Je tombe par hasard sur votre blog et je vais de ce pas l’explorer afin d’en savoir plus.

    Concernant l’article de John Feeney traduit ici, je n’ai pu m’empêcher de noter quelques maladresses de traduction:
    « Dans des publications variant (on dirait plutôt « allant ») d’articles de journaux scientifiques aux romans etc. »
    « Nous sommes une espèce qui a évolué pour vivre dans les millions »…?
    « Bien sûr, ce ne sont pas que nos nombres qui arriveront à leur fin »…???

    Mais là n’est pas l’essentiel.
    Je crois saisir la thèse de l’auteur mais j’ai un peu de mal à l’accepter. Des choses me heurtent.

    Par exemple:
    « Des oscillations normales en nourriture disponible exercent de nombreuses petites influences cumulatives, typiquement SANS DOULEURS, sur la fertilité et la mortalité… »
    Je n’ose comprendre: une augmentation de la mortalité humaine serait-elle « sans douleurs » pour l’auteur? Vous allez me dire: « l’homme » tue, ravage, dégrade tout etc. C’est assez vrai. Néanmoins, l’indifférence face à la mort possible d’êtres humains (qu’elle soit le fait de la « nature » ou d’autres humains) me choque.

    Autre chose:
    « Des preuves fossiles suggèrent une augmentation d’extinctions même avant l’agriculture. L’anthropologue Paul S. Martin a défendu l’hypothèse de la « surchasse » etc… »
    Ok. C’est aussi ce que dit Broswimmer dans sons excellent bouquin « Une brève histoire de l’extinction en masse des espèces »:
    http://atheles.org/agone/elements/unebrevehistoiredelextinctionenmassedesespeces/index.html
    Mais si on va jusqu’au bout du raisonnement, ça signifie que même le mode de vide des chasseurs-cueilleurs n’était pas viable lui non plus. Alors, faut-il revenir encore plus loin en arrière? Pour éviter tout impact sur la « nature », nous faudra-t-il remonter dans les arbres et nous contenter de fruits et de feuillages?

    De plus, le reste de l’article accuse l’agriculture d’être responsable, via l’augmentation des stocks alimentaires, de la croissance de la population humaine. Or, visiblement, l’agriculture n’a fait qu’accélérer cette croissance, puisque la population des chasseurs-cueilleurs avait déjà suffisamment augmenté pour qu’on constate des extinctions d’espèces animales du fait de la chasse. N’y a-t-il pas là une contradiction?

    Enfin:
    « Nous n’avons pas à aller en arrière; nous n’avons qu’à entretenir notre nature réelle. »
    Là encore, j’ai du mal à avaler les sous-entendus de ce genre de phrase. La question de savoir ce qu’il AURAIT FALLU faire lorsque nous n’étions que quelques millions d’êtres humains sur la terre est intéressante et Feeney y apporte sa réponse. Parfait. Mais nous sommes 7 milliards actuellement et tourner le dos à l’agriculture pour nous égayer dans la « nature » (ce qu’il en reste) à la recherche de fruits sauvages me semble, vu l’urgence de la situation, tout à fait absurde.
    Alors quoi? Un potager pour chaque famille?…

    Je vais lire vos autres textes pour en savoir davantage.
    Bonne journée!

  5. Urscumug says:

    Bonjour sinziana,

    Je ne suis pas l’auteur de l’article mais je vais tenter de donner quelques éléments de réponse (les commentaires sur la traduction seront pris en compte par Misko et Mouton sauvage).

    Par rapport au « sans douleurs », l’auteur dit bien qu’il s’agit des oscillations normales en nourriture, et que l’être humain, comme toutes les espèces, s’adapte à ces variations. Depuis l’agriculture, il y a des oscillations localisées bien plus importantes qui provoquent des famines terribles. On pourrait dire qu’avant, la douleur était mieux répartie, moindre et plus commune, donc plus supportable. Un exemple concret est la perte d’un enfant qui pour nous est quelque chose de terrible et pour d’autres, dans d’autres lieux ou d’autres temps, est quelque chose de douloureux certes, mais qui fait partie de la vie.

    Les allusions aux extinction ont, je pense, à voir avec la polémique au sujet de l’extinction de la mégafaune. Certains pensent qu’elle est due aux chasseurs, d’autres prétendent qu’elle est antérieure, d’autres disent que c’est un peu des deux, mais surtout que les chasseurs n’ont pas sur-chassé mais plus généralement c’est leur intrusion dans un espace où l’être humain n’était pas présent qui a posé problème (modification de l’écosystème, confrontation d’animaux face à des prédateurs inconnus, etc.). Cela ne signifie donc pas que le modèle des chasseurs-cueilleurs ne serait pas soutenable, ni qu’il faille remonter sur les arbres (ni forcément retourner à la chasse).
    Pour l’anectode, je vis dans une région où le gibier avait disparu au début du XXe, et ce n’était pas à cause des chasseurs mais à cause des agriculteurs qui avaient détruit tout l’environnement du gibier.

    « Mais nous sommes 7 milliards actuellement et tourner le dos à l’agriculture pour nous égayer dans la « nature » (ce qu’il en reste) à la recherche de fruits sauvages me semble, vu l’urgence de la situation, tout à fait absurde. »
    Tout autant absurde est la voie dans une agriculture non soutenable. Le potager pour chaque famille est peut-être une option. Vandana Shiva prétend qu’il est bien plus productif de mettre 1000 familles sur 1000 hectares qu’un seul agriculteur. Cet unique agriculteur mécanisé pourra produire plus de blé, ou plus de maïs que les 1000 autres, mais ce sera tout, et surtout au prix d’une incroyable dépense énergétique et d’une destruction du sol.

    Voilà, ce sont juste quelques pistes et je vous encourage à lire d’autres textes. Dans quelques jour le no 3 du vert et noir sera publié.

  6. Merci pour les remarques sur la traduction, j’ai fait quelques ajustements.

  7. sinziana says:

    Merci, Urscumug, de ces éclaircissements.

    Je lis actuellement les n°1 et 2 de V&N qui m’apportent également des éléments de réponses à mes nombreuses interrogations sur la bande de sauvages que vous êtes :)

    Sur ta réponse concernant l’adaptation de la population aux ressources, j’avoue que je réagis à nouveau assez vivement. Tu écris: « Un exemple concret est la perte d’un enfant qui pour nous est quelque chose de terrible et pour d’autres, dans d’autres lieux ou d’autres temps, est quelque chose de douloureux certes, mais qui fait partie de la vie. »
    Mais est-ce que ce ne serait pas une terrible perte de sensibilité que de revenir à ces « autres temps » où la mort d’un enfant n’était QUE douloureuse, sans plus? La civilisation a certes produit des dominations et des destructions mais n’a-t-elle pas apporté aussi un certain adoucissement des moeurs (Cf. Norbert Elias, La Civilisation des moeurs)?

  8. Urscumug says:

    Nous ne sommes pas obligés de perdre tous les acquis, surtout les positifs.

    Mais on peut se poser la question de savoir si la sensibilité, et beaucoup d’autres acquis, ne sont pas un luxe de civilisé, bien chauffé et bien nourri au détriment des autres. Qu’en sera-t-il en période de vaches maigres ?

    Comment réagissons-nous réellement à ces images ?
    http://anarchieverte.ch40s.net/2010/04/23/que-se-passe-t-il/
    Sommes-nous si sensibles que ça ? Elles devraient nous horrifier alors que je doute que quelqu’un y pense encore après quelques heures. Est-ce qu’il n’y a plus que la perte de notre enfant qui peut nous émouvoir ? Sommes-nous encore sensibles ?

    Est-ce que les sauvages ont plus eu mal en perdant un enfant ou en voyant la forêt rasée, leurs rivières empoisonnées, leurs filles violées, leurs enfants emmenés ?

    Il faut faire la part des choses, la vie sauvage est violente, le cycle vie-mort incessant, mais c’est la Vie, et cette violence est sans comparaison avec ce que les civilisations font subir à la planète et à ses habitants depuis 10000 ans.

  9. sinziana says:

    Oui, je vois ce que tu veux dire et je crois que tu as raison.
    Merci.

  10. kercoz says:

    Bonjour .
    Bon article . J’écoute aussi en cette semaine les émission actuelles sur Fernand Braudel sur FR Cult . Qui sont du plus grand interet .
    Cependant un des aspect des analyses sur ce domaine n’est jamais évoqué : La rupture structurelle.
    Il serai présomptueux pour moi de me croire a l’origine de cette Thèse . Ca me parait pourtant etre une évidence sociologique et meme mathématique :

    -La gestion des systèmes vivants (et meme cosmologique) n’est jamais centralisée , linéarisée mais complexe et parcellisée ….la vision fractale de la Th.du chaos est une bonne image de la gestion de la totalité des systèmes vivant allant de la population d’un etang a la pédogenèse forestiere (si certains pratiquent la methode BRF de jardinage).
    -Comme le dit l’article , 99,99% de l’existence de l’humain social (incluant la periode animale social), l’ individu a échangé sa liberté et son agressivité (intraspécifique définie par K LOrenz) contre la protection du groupe et bénéficier du premier « gain de productivité » . Cette periode chasseur cueuilleur (plus souvent pecheur parait il) a formaté ET l’individu ET le groupe en interaction .
    Mais PAS N’IMPORTE QUEL GROUPE . Les interactions relationnelles /affects (rites relationnels de GOFFMAN) peuvent etre considérés comme des intrants ds la gestion des relationnels et necessitent que les individus se connaissent pour se valoriser ……ce qui impose des groupes restreints.
    Groupes restreints justement contraints par les possibilité d’approvisionnement d’une zone de qqs jours de marche .
    Le passage a l’agriculture outre qu’elle permet (provisoirement) l’hypertrophie du groupe , induit une spécialisation inédite .
    Le nouveau « gain de productivité » ainsi rendu possible n’est acquis qu’avec la rupture du système parcellisé et donc un traumatisme pour l’individu .
    J’aime bien cette phrase :
    «  »tout gain de productivité est acquis au dépend d’une perte d’humanité »" »

  11. Urscumug says:

    Salut kercoz, c’est peut être pas trop évoqué sous cette forme parce que ça semble un peu compliqué… et il y a déjà assez de concepts traumatisants sur ce site :)

  12. kercoz says:

    @Urscumug:
    Je ne vais pas trop développer ma thèse sur les systèmes auto-organisés/parcellisés en opposition au modèle centralisateur actuel . Ca lasse vite et ça m’a obligé a m’exclure d’autres forums .
    Mon avis serait que les caractères « négatifs » des individus (avidité , possesivité, égoisme , qui perdurent de l’agressivité intra-spécifique de l’animal solitaire ), ne deviennent pervers qu’en sortant du modèle parcellisé archaique . On peu meme soutenir la thèse qu’ils seraient structurant et hierarchisant (donc vertueux) ds les groupes restreints originels.
    Mais pour ne pas lasser et revenir ds le sujet agraire, il me semble important de signaler certains points « forts » . (J’ai un peu sévi sur Oleocène avant qu’ils ne soient squattés par des libéro-nukes).
    -Il y a pénurie d’abondance et surtout d’énergie.
    -le « poids » de l’énergie ds les flières agricoles est enorme.
    -80% du cout de l’engrais NPK est du gaz
    -une grande partie des aliments fourragers proviennent des amériques (accord Pisani); Malges celà , 71% du sol cultivé est dédié a l’animal etc ….
    - Selon BOURGUIGNON (les couches -culottes) les « boues urbaines » vont s’appeler compost .
    -La seule solution pertinente (et inespérée) serait la filiere bois -lignine . les « BRF »
    http://fr.ekopedia.org/Bois_Ram%C3%A9al_Fragment%C3%A9
    Je la conseille en tout cas pour le jardinage ou maraichage . Copiée sur la pédogenèse forestiere elle restructure le sol en multipliant la pédofaune et l’humifie assez vite .
    Je la pratique depuis 4 ans et ne peux qu’y croire !

    Il est évident que l’on va passer de 2 nourrisseurs pour 100 nourris a 20 ou 30 pour cent ce qui favorise les circuits courts et l’auto-production . Une rémaznence de modernité (NET) peut autoriser une pluriactivité externalisé .
    Les 2/3 des emplois situés en ville ne concernent pas la production de biens essentiels , une ruralité est incontournable …Boris Vian a créé « RURBANITE » qui a de l’avenir .

  13. Misko says:

    Merci, Urscumug. Tu as beaucoup mieux expliqué que je l’aurais fait.

    Sinziana, en ce qui concerne la cocassité de critiquer la civilisation sur le net. C’est drôle, et ça peut aussi être efficace, à mon avis. Je m’explique brièvement. Jusqu’à relativement récemment, je ne voulais rien savoir de l’internet, et en fait, de bien des choses appartenant à cette culture dominante. Il y a toujours très peu de choses qui m’intéressent et encore moins que je conserverais de cette culture. Mais j’ai finalement réalisé que je pouvais utiliser les fabrications de l’ennemi afin de mieux le combattre; retourner ses propres armes contre lui, comme l’ont fait bien des guerriers de l’Île de la Tortue (Amérique) lorsque par exemple ils prenaient les carabines des soldats pour mieux les stopper et protéger leurs familles, leurs terres et leurs modes de vie. C’est ce que je tente de faire avec internet, et autres.

  14. kercoz says:

    Je n’arrive pas a me connecter depuis ma maison . Au magasin , no problème (Suis Bookiniste , le plus désaliénant des boulots!)
    Pour le Net , en dehors de tout aspect technlogique , deux remarques :
    -1/C’est un des seuls « outil » moderne qui réinjecte de la complexité ds le système …comme le rond point qui réutilise les possibilités de gérer la complexité du cerveau humain et ainsi est plus performant qur ts les systèmes techno qui voudraient gérer un carrefour (fut ce avec caméras, radars et ordis …).Le Net évite la centralisation en permettant les interconnexions complexes entre individus .
    - 2/Si les possibilités post PO (déplétionistes donc), autrorisent une rémanence énergétique suffisante , le réseau internet peut etrte considéré comme une « ECONOMIE » d’énergie . En effet , ce qui nous coute cher , c’est le déplacement des individus…….Le déplacement des biens ou des objets, est peu énergivore , n’est que peu soumis aux délais etc ….
    Le Net permet de remplacer la majeur partie des déplacements individuels actuels , nottement pour l’enseignement et le commerce.
    Perso , je ne fais plus de « salons » , marchés etc … l’économie en terme de KM autoroute , d’hotel , de restau etc …est énorme .
    En doublant le réseau NET d’un réseau de transport de biens ds ts les quartiers et villages (trains , camions ) , si une centrale est necessaire pour l’énergie du NET , elle économisera 50 centrales…….

  15. nicollas says:

    J’aimerai répondre à quelques intérerrogation de sinziana, avec ma vision personnelle.

    Je pense que l’extinction des megafaunes un peu partout dans le monde est due aux chasseurs cueilleurs péhistoriques. Mais ce ne va pas en contradiction avec les dires des anticiv ou anti-agriculture. Je pense que l’espèce humaine n’est ni bonne (le bon sauvage), ni mauvaise (l’Homme damné des religions). L’Homme est un animal qui est certes atypique, mais qui ne peut vivre longtemps en dehors de certaines lois « naturelles » (même s’il peut y échapper un moment, en utilisant de l’énergie — un peu comme un aviateur peut défier un temps la gravité). L’important est de trouver quel est le mode de vie de l’espèce humaine, tout comme les autres espèces animales ont le leur. Le point des anticiv, c’est que l’organisation de nos ancêtres paléolithiques (étonnamment similaire aux quatre coins du globe) , composée de chasse-cueillette, d’organisation tribale, etc; est ce mode de vie qui a émergé par tâtonnement et sélection naturelle. Personne n’oserait critiquer l’organisation des chimpanzé, des tortues, des scarabés … et pourtant si on met ces espèces dans un autre environnement que celui dans lequel elles ont évoluées, il y aura des problèmes et le nouvel écosystème sera perturbé (comme ça a été le cas lorsque les Hommes se sont aventurés dans des territoires jusque là inconnus). Ca ne contredit pas la thèse selon laquelle le modèle paléolithique est correct, puisqu’une fois les secousses stabilisées, les tribus de chasseurs-cueilleurs ont trouvé des modes de subsistance tout à fait durables.
    Ensuite le fait d’être « coincés » dans un monde agricole (et même industriel), car trop de population, trop de pollution, pas assez de nature, ne rend pas cette reflexion moins pertinente. Il faut déjà comprendre comment on en est arrivés là pour trouver une solution, et si diriger progressivement (si les conditions nous le permettent…)

  16. sinziana says:

    Merci, mais je ne saisis pas bien comment tu expliques l’extinction de la mégafaune dans ton raisonnement. Simple « erreur de jeunesse » de l’espèce humaine qui se trouvait confrontée à des « territoires jusque-là inconnus » (je présume que tu parles de la colonisation de l’eurasie, des amériques et de l’australie)?

    Ensuite, lorsque tu écris qu’ « une fois les secousses stabilisées, les tribus de chasseurs-cueilleurs ont trouvé des modes de subsistance tout à fait durables », je suppose que tu penses aux tribus qui ont conservé ce mode de vie, certaines jusqu’à aujourd’hui. Mais pourquoi tant d’autres ont-elles opté pour l’agriculture? Je n’ai pas trouvé dans les deux brochures Vert&Noir de réponse qui me paraisse satisfaisante. La contrainte et la conquête vous semblent-elles des explications suffisantes?

    Autre chose: tu mentionnes le mythe du bon sauvage, qui nous renvoie à J.J. Rousseau. Et c’est exactement à ce mythe que m’a fait penser le long et par ailleurs passionnant article sur les Yanomami dans V&N2. En le lisant, on ne peut que se dire: c’est le paradis!

    Problème: j’ai lu il y a quelques temps un bouquin qui s’appelle « Les Guerres préhistoriques » de Lawrence Keeley, et qui démonte complètement le mythe du bon sauvage en montrant que la grande majorité des tribus « primitives » pratiqu(ai)ent la guerre, et souvent avec une violence et des conséquences en terme de mortalité (rapportée à la population totale) qui dépassent largement nos massacres et génocides les plus modernes. Keeley se base sur ses recherches personnelles et sur une vaste bibliographie à la fois ethnographique (pour les peuples de l’histoire récente) et archéologique (pour les plus anciens).

    Et, en particulier, Keeley parle pas mal des Yanomami qu’il décrit donc comme particulièrement portés sur la guerre. Difficile de concilier ces deux visions. Ces tribus vivant en « harmonie avec la nature » qui leur fournit tout le nécessaire en échange de deux-trois heures de travail par jour, pourquoi diable iraient-elles perdre leur temps et leurs vies à s’entredéchirer? Y aurait-il des choses qu’on ne nous dit pas dans la description rose bonbon des primitivistes?

    La lecture de V&N a soulevé en moi quelques autres interrogations mais pour l’instant je m’en tiens là. ;)

    Amitiés.

    PS: http://www.slate.fr/story/26503/homme-plus-seul-planete
    article lu ce matin par hasard
    ça se passe aussi en Amazonie, même si l’homme en question n’est pas un Yanomami

  17. nicollas says:

    Salut,

    je ne veux pas dire que l’extinction de la megafaune au pleistocène est une erreur de jeunesse, je dis juste que lorsqu’on introduit une espèce dans un nouveau milieu (ou qu’elle s’y introduit elle-même), cela créé des perturbations et ça peut changer radicalement l’écosystème en question. Mais celà n’est pas propre à l’espèce humaine, mais à toutes les espèces. Je ne vois pas dans les sauvages des humains parfaits, au dessus des autres espèces, ils sont juste l’expression de l’animal humain (ce que ne sont pas les représentants des civilisations, qui sont des humains domestiqués), et ne sont ni bons ni mauvais.

    Le passage à l’agriculture est une question complexe, je commence juste à m’y interesser aussi mes connaissances sur le sujet sont maigres. L’agriculture est née dans le croissant fertile, mais n’y a été que l’extension de pratiques déjà en cours (sédentarisation permise par une cueillette abondante de céréales sauvages, outils de transformation déjà présents). Pourquoi ses humains se sont-ils mis graduellement à l’agriculture, je ne sais pas. Peut etre étaient ils déjà lancés sur la voie du développement instopable ? Pour la diffusion de l’agriculture par contre, les scientifiques sont encore partagés entre une diffusion culturelle, et une diffusion des agriculteurs (i.e. la conquête des territoires des chasseurs cueilleurs par les peuples agricoles). Dans le dernier cas, la « diffusion » planétaire de l’agriculture s’explique aisément (dans les cas les plus visibles, on explique facilement pourquoi les amériques et l’australie sont passées de la chasse-cueillette à l’agriculture …). Tu peux chercher « demic diffusion of agriculture » sur google scholar). Une hypothèse sur la naissance de l’agriculture est un changement culturel qui se serait oppéré avant (cf. Jacques Cauvin).

    la grande majorité des tribus « primitives » pratiqu(ai)ent la guerre, et souvent avec une violence et des conséquences en terme de mortalité (rapportée à la population totale) qui dépassent largement nos massacres et génocides les plus modernes.

    Si tu as plus d’information ça m’interesse,
    mais je ne sais pas si une simple proportion donne une comparaison valable (notamment le terme de génocide couvre une réalité bien précise, et je ne sais pas si des peuples tribaux ont jamais décidé d’aller exterminer un autre peuple, ce en quoi notre culture a excellé).

    Pour l’article de V&N2, je n l’ai pas lu :)

  18. Urscumug says:

    Sinziana, je ne vais pas pouvoir te répondre. D’une part parce que je n’ai pas les réponses et d’autres part il y aurait de quoi écrire un article sur chacune d’elles. Je te remercie toutefois d’avancer ces questions et j’espère pouvoir un jour y apporter des réponses plus étayées.

    Quelques remarques tout de même:

    - L’article des Yanonamis est de première main, l’auteur a vécu parmi eux, mais les Yanonamis n’ont pas toujours été tels qu’ils sont. Et tous les peuples primitifs ont vu leur culture et mode de vie altérés par leur contact avec la civilisation. Pierre Clastres a aussi parlé d’une « passion pour la guerre » constatée chez plusieurs peuples d’Amérique du Sud, mais leur motivation n’a peut-être rien à voir avec la motivation des armées « modernes ». Cette tendance belliqueuse est peut-être aussi à relativiser: j’avais toujours entendu parler de la férocité et de l’agressivité des terribles Jivaros (des agricultueurs) mais l’article sur Wikipedia est bien plus nuancé. Il est difficile de savoir si le mythe du bon sauvage est valide ou non, vu que la majeure partie des peuples primitifs a déjà disparu et ce qu’il en reste n’est pas forcément représentatif.

    - Je suis en train de lire le livre de Keeley sur les guerres préhistorique, j’en parlerai plus lorsque j’aurais fini la lecture, mais ce qui m’a déjà frappé c’est que les exemples de peuples primitifs sont quand-même limités et proviennent, il me semble, pour beaucoup de la même région (Amérique du nord) et concernent forcément des primitifs qui auront subi l’influence culturelle de la civilisation. Et comme pour le bon sauvage, il ne faudrait pas passer au « méchant sauvage » sur quelques exemples. Quant au chiffres, il est clair qu’une société non spécialisée, où la guerre est affaire de tous, aura une plus grande part de combattants actifs et de victimes. Un « Hitler » primitif serait quand-même bien incapable de faire autant de dégâts, vus les moyens limités.

    - Sur les débuts de l’agriculture, tout n’est pas encore dit, mais la contrainte et la conquête me semblent être de bonnes explications, surtout pour expliquer l’expansion du modèle de société agricole et le recul des autres modèles. Je ne crois pas qu’il y avait tant de peuples qui pratiquaient l’agriculture comme source principale de nourriture.

    - Je suis content que la lecture de V&N soulève des interrogations car c’est bien le but: remettre en question nos préjugés et nos mythes et proposer des nouvelles hypothèses de travail, même si certains auteurs ne les présentent pas comme telles.

    PS: On m’a parlé de ce livre comme un must qui tient compte des découvertes les plus récentes:
    The Agricultural Revolution in Prehistory: Why did Foragers become Farmers?
    Amazon

  19. kercoz says:

    Salut .
    Pour les « guerres préhistorique » , le simple bon sens me semble contredire Keeley. En consultant les stat sur l’accroissement démographique:
    On constate que la densité de population avant le néolithique etait extremmement faible. Celà rejoint l’ordre d’idée du territoire d’approvisionnement estimé à qqs jours de marche (50 km par jour) . De ce fait les contacts etaient extremement rares et les plus proches groupes en contact , memes conflictuels devaient etre issus de meme souche (donc un frein aux conflits) afin d’éviter l’endogamie.
    Il est probable que nombres d’individus ne voyaient jamais ou tres rarement d’autres ethnies . Le fait que la notion d’ « humanité » pour ces groupes archaiques soit réservée a& l’ethnie et qq fois au village (ts les noms de tribus signifient « homme » ds chaque langue .
    Pour le « bon sauvage » de JJ , il me semble qu’il faille remonter au stade animal pour développer le raisonnement complet .
    -L’animal solitaire est « méchant » . Meme famillial , les especes utilisent a plein l’ « AGRESSIVITE INTRA-SPECIFIQUE » ….développée par Konrad LORENZ (lire l’agression une histoire du mal). L’agressivité intra-specifique est l’agressivité d’une espece contre les individus de la MEME espece. Elle constitue 90% de l’agressivité sur terre . C’est un « outil » de selection instictif/genetic majeur pour la survie de l’espece .

    -Qd l’animal se mets en « SOCIETE » , c’est pour des raisons de « gains de productivité » : peu de specialisation, mais force accrue du nombre , proies plus grosses et surtout possibilité de développer d’autres stratégies de prédation , de defense ou d’attaque .
    -Pour ce faire il est necessaire de freiner (inhiber) cette agressivité . Etant instinctive /génétique , elle ne peut etre supprimée ; elle est inaliénable . Elle est meme necessaire pour etre réutilisée :
    —contre l’exterieur pour la defense du groupe , du territoire , des femelles et des pêtits
    —-A l’interieur pour des raisons de hierarchisation .

    -L’usage interieur de l’agressivité suppose des procédures inhibantes « fines » , comme une pédale de régulation . La gestion de cette « régulation » , a mon avis se fait grace aux rites (Goffman , les rites interactifs).
    Le sens du mot « rite » selon Goffman doit etre compris comme un signifiant étendu : Rituels inconscients . Generalement tres brefs (hausement d’épaules , de sourcils , mains ouverte , sourir , tete penchée, jeux de force … etc …) , ils servent a dé-saffecter le relationnel pour supprimer ou remplacer l’agressivité .

  20. sinziana says:

    @Nicollas
    Cette histoire de « diffusion démique » est intéressante, merci. Il faut que je lise ça.
    Concernant des cas de guerres d’extermination primitives, je crois me souvenir que Keeley en mentionne. Je vais voir ce soir (là je suis au boulot :D ) et je te donne des détails demain.

    @Urscumug (adicà un urs înzestrat cu un « mug »?)
    Keeley parle beaucoup de l’Amérique du Nord parce qu’il est lui-même états-unien et dispose peut-être plus facilement de documents. Mais il parle aussi de la Nouvelle-Guinée, de l’Afrique, des fouilles archéologiques en Europe etc., d’Amérique du Sud bien sûr comme je l’ai dit à propos des Yanomami.

    J’ai lu l’article de Wikipédia sur les Jivaros. On y parle quand même de « conflits FREQUENTS entre les différents groupes… ». Quand à l’article sur les Yanomamis, il y est écrit: « Les dissensions internes sont fréquentes et les guerres continuelles: s’ils sont tranquilles aujourd’hui, c’est qu’ils en ont payé le prix hier. » Wikipédia n’étant pas forcément une source fiable sur des sujets pointus, ceci dit. Mais pour le must de 600 pages en anglais à 50$, je vais attendre un peu avant de l’acheter! :D

    @Kercoz
    Là encore il faut que je vois quelle est la réponse de Keeley sur l’argument de la densité de population et des contacts rares entre tribus. Mais ne croyez pas que je tienne à tout prix à défendre cet auteur (dont je n’ai rien lu d’autre).

    La question de l’agressivité me paraît essentielle, tu as raison, puisque je crois qu’on a tous en commun ici (et pas qu’ici) l’objectif d’un projet de société à la fois juste et viable. Revenir à une société de tribus primitives disséminées sur la terre, pourquoi pas, mais si c’est pour qu’elles se battent et s’entretuent à la moindre occasion, c’est moyen.

    J’ajouterais que si c’est pour vivre à peu près comme des animaux, ça m’a l’air moyen aussi. Je pose là la question de l’intelligence. Regardez où nous puisons par exemple les infos et les idées que nous échangeons ici: des bouquins issus de recherches plutôt pointues d’anthropologues, archéologues etc. Or, j’ai beaucoup de mal à concevoir comment cette somme faramineuse de connaissance pourrait exister dans le monde tribal primitiviste. La vision que j’en ai à partir de V&N, c’est celle d’un monde qui a renoncé aux grandes structures collectives pour se replier sur de tout petits groupes autosuffisants: la tribu, et même à la limite la cellule familiale. Resterait-il une place pour les sciences? pour la littérature? etc. En fait, en renonçant radicalement à la civilisation actuelle, ne renonce-t-on pas à l’intelligence, c’est-à-dire à être des hommes? Au motif de minimiser notre empreinte écologique, ne fait-on pas le constat d’un échec de l’intelligence humaine, pour se contenter de (sur)vivre au plus près du mode de vie animal? La survie de l’écosystème (actuel) est-elle à ce prix?

  21. Urscumug says:

    Sinziana, je te rappelle que nous les civilisés avons cessé de nous battre et nous entretuer à la moindre occasion que depuis quelques décennies, et absolument rien ne garantit que ça ne va pas recommencer dès que certaines ressources s’épuiseront. La violence exercées contre les sauvages assis sur des ressources ou contre la nature n’a elle jamais cessé. La violence primitive est réelle, mais comme l’a dit kercoz, elle fait partie de notre espèce et nous accompagne depuis des millions d’années.

    Le mode de vie primitif est peut-être à nos yeux « moyen » mais notre mode de vie n’est qu’extérieurement « super », l’intérieur étant « pourri ».

    Quant à notre intelligence et nos ressources intellectuelles, quel pourcentage de la population l’utilise vraiment et pourquoi ? Les primitifs ne sont pas stupides. Leurs connaissances naturelles font envie à n’importe quel naturaliste, leurs savoir faire et leurs connaissances sont parfaitement adaptés à leur environnement et leur permettent d’être autonomes. Pourquoi auraient-ils besoin de littérature quand ils ont une tradition orale riche et gratuite ? Jared Diamond dans son livre « guns,germs&steel » prétend même que la Papou moyen est plus intelligent que l’Européen moyen, ce qui n’est pas étonnant en fait.

    Je pense qu’il y a plutôt à les envier, ils ne survivent pas plus que les lions ou les perroquets survivent, ils vivent, contrairement à nous qui sous-vivons.

    Alors la question de savoir si c’est ce modèle qu’il faut adopter, je pense qu’il le faudrait, mais je n’ai aucune idée de la façon dont nous pourrions faire la transition, ni même si elle est possible, mais je suis persuadé qu’il y a de quoi s’inspirer, et on a intérêt à se dépêcher, car notre survie dépend de la survie de l’écosystème.

    Pour finir, un petit texte sur les Palawan, ceux-là n’ont pas l’air trop agressifs
    http://www.survivalinternational.org/tribes/palawan/beliefs#main

  22. kercoz says:

    Bonsoir :
    La déplétion , comme la décroissance ne sera voulue . pas de chox : Elle sera SUBIE.
    Voir le site OLEOCENE sur les superbes contribuitions de RAMINAGROBIS :
    http://oleocene.org/node/53
    Nous allons passer tres vite de 120 esclaves virtuels (comprendre 120/150 KW) par individu occidental , a 50 , 30 ou 20 …..en éspérant qu’ils restent virtuels !
    Si on cherche a se réferer aux groupes archaiques , c’est en raison de la stabilité structurelle du modèle (parcellisé, circuits courts , productions d’essentiels) .
    Qd a la vision sécurisante de la modernité , c’est un effet d’optique .Il n’y a jamais eu autant de morts violentes que depuis le dernier siecle . Les capétiens n’ont jamais pu lever d’impot ni de conscription. Les soldats etaient payés (Soldes) , et les batailles peu traumatisantes pour les civils (qqs viols et pillages , ou contributions ..) voir des historiens serieux là dessus , comme fernand Braudel (Nottament « Identité de la fance ». Le discours securitaire = démocratie = modernisme est une erreur historique .
    Deouis qqs decennies , effectivement , nous externalisons notre obscénité , mais nous ne supprimons pas l’horreur .
    Meme avec 20 ou 30 Kw , il est possible de conserver un minimum de modernité . Le NET serait bien , puisqu’il permet d’économiser de l’energie (selon moi, mais c’est discuté); 10 ou 15 A au compteur et l’eau sous presssion au robinet me parait soutenable . de 2 producteur pour 100 nourris , on va passer a 30 pour 100 . Ce qui induira un retouir a l’auto production marèchaire partielle . Un rémanence moderniste pouvant autoriser une pratique plurielle en situation rurale ou plutot rurbaine .

  23. nicollas says:

    J’ajouterais que si c’est pour vivre à peu près comme des animaux, ça m’a l’air moyen aussi.

    Si ça se réfère à ce que j’ai écrit, je ne parlais pas de vivre comme un animal non-humain (sous entendu retirer toute spécificité de l’espèce humaine), mais de vivre une vie d’animal humain. La vie de nos ancêtres et des chasseurs cueilleurs n’est pas dénuée d’intelligence : il y a l’éducation, l’art, la musique, les rites, les mythes, etc. Certaines de ces choses sont uniques à l’espèce humaine (jusqu’à preuve du contraire, en tout cas), et il n’est pas question d’y renoncer. Par contre adopter un mode de vie pleinement primitif (ce dont il n’est pas question avant un bout de temps, vu le contexte) est peut être incompatible avec certaines choses du présent (soit qu’elles sont inutiles, soit qu’elles nécessitent une trop grande complexité). Cela dit, si nous opérons une transition vers un mode de vie (plus) primitif, cela ne signifiera pas forcément un retour en arrière. Par exemple nous avons pu découvrir certaines choses car la révolution industrielle l’a permis (où ont rendu ces choses utiles/indispensables). Ces choses en question pourront éventuellement faire partie de ce futur post-civisationnel, il faut juste voir le gain et les contraintes de garder ces savoirs/technologies. Vaut-il le coup d’investir dans l’écriture (support, outil, éducation), ou sa version low-tech (les mythes oraux) offre t’elle un gain par investissement plus élevé ? Cette question un peu radicale risque de se poser tout au long de la descente énergétique et de notre réensauvagement. Il faudra juger de l’investissement en ressources énergétiques suivant le gain et la durabilité qui s’en suivent, à un instant donné (bons exemples d’investissement pour moi : création de bassins d’aquaculture, vitres, recherches sur des cultivars de plantes…)

  24. Sinziana says:

    @tous
    Bon, c’était sans doute une question assez stupide de ma part. :)

    @Kercoz
    Pour rester sur la question de la densité de population, Keeley s’y intéresse notamment dans son chapitre sur les causes des guerres préhistoriques. Il dit, en gros, que contrairement aux idées reçues, l’activité guerrière n’augmente pas forcément avec la densité. Aucune corrélation n’a pu être mise en évidence.

    Mais ça ne répond pas à ta remarque qui était: il devait y avoir peu de conflits puisque peu de contacts. C’est logique (moins les gens se rencontrent, moins ils se tapent dessus, mais bon, si l’isolement est la façon de vivre en paix, alors on ne peut plus parler d’un projet de société) mais ce qu’il serait intéressant de déterminer c’est le nombre de conflits rapporté au nombre de contacts, c’est-à-dire la propension à choisir l’option armée plutôt que l’échange pacifique, commercial, culturel, matrimonial etc… L’auteur ne répond pas directement à ça, il fait juste remarquer que les archéologues trouvent les traces d’une activité guerrière (parfois intense) chez la plupart des peuples connus et quels que soient l’époque ou le continent.

    @Nicollas sur les guerres d’extermination, p.197:
    « Les guerres primitives ne firent pas l’impasse sur l’anéantissement, même complet, d’unités sociales ennemies. Le cas de tribus ou de sous-tribus amenées à extinction en raison de guerres endémiques a été relevé dans plusieurs régions du monde. [ici il donne un tas de réf. en note] De tels génocides constituaient parfois l’aboutissement d’un seul massacre exécuté par surprise, en d’autres occasions, ils découlaient de l’usure provoquée par des raids répétés [...] »
    Suivent des exemples de cas.

    Mais comme dit Urscumug, il ne s’agit pas de changer le « bon sauvage » en « méchant sauvage ». Je crois qu’il s’agit plutôt d’avoir une image aussi juste que possible de ce que pouvait être la vie des primitifs. D’après Keeley, elle était généralement plutôt violente, mais bien sûr la nôtre l’est également, même si cette violente est parfois cachée, délocalisée etc.

  25. Urscumug says:

    Sinziana, ta question n’était pas stupide, on peut tout au plus dire qu’elle reflétait un préjugé assez commun dans notre culture. As-tu déjà lu Ishmael ?

    Et tu as raison, il est important d’avoir une vision du primitif aussi juste que possible.

  26. Sinziana says:

    Merci de me rassurer :D
    Non, je ne connais pas cet auteur. Je vais m’y intéresser.

  27. nicollas says:

    Merci pour les précisions Sinziana, est-ce que l’auteur donne une raison à ses exterminations ?

    La thèse de Quinn, c’est que les tribus « jouent » aux « attaques surprises » pour renforcer leur identité vis à vis des autres groupes, que cela sert de régulations des jeunes combattants, et que même si le sang est versé, il n’y a pas d’exterminations.
    Tes références sont d’autant plus intéressantes.

  28. sinziana says:

    Les causes de ces guerres, d’après Keeley, étaient multiples et « classiques »: désirs d’appropriation de territoires, de biens, de femmes, pression démographique et je ne sais plus quoi d’autre… Mais, comme pour nos guerres à nous, les causes initiales (si elles existent) disparaissent souvent dans un engrenage sans fin de vendettas et contre-vendettas qui donc, dans certains cas, pouvait aboutir au génocide.

    Autre chose (rien à voir): l’expression esclaves virtuels est du genre à frapper les esprits. Est-ce que ça vient aussi du site Oléocène, Kercoz? Est-ce que c’est un calcul qui évalue à 1kW le travail d’un esclave de l’antiquité par exemple ou juste une métaphore pour dire de façon percutante qu’on consomme trop d’énergie?

    (On a aussi des esclaves-pas-virtuels-du-tout, d’ailleurs. Je pense à tous ces hommes, femmes et enfants qui fabriquent nos fringues ou recyclent nos ordinateurs etc. pour une bouchée de pain aux ogm.)

  29. kercoz says:

    Bonjour .
    D’abord se mefier de l’assimilation de l’ethnologie actuelle au primitivisme et a l’archaisme .Selon Levi Strauss , tous les peuples ont le meme age et ce qu’on croit archaique actuellement est souvent « rétrograde » .
    Selon un de mes clients chercheur archeo , maitre de conference , Auel est une spécialiste reconnue de la préhistoire et ses romans tres bien documentés ..et surtout ludiques …. Une bonne approche donc .
    Pour la violence , il faudrait se référer a des spécialistes reconnus . La logique des groupes voudrait qu’elle soit inhibée a l’interieur du groupe par la hierarchisation avec une approche structurale fractale similaire entre groupes .
    La hierarchisation ds un groupe veut que sur un domaine , si on se situe disons a la 5e place , on n’est en competition qu’avec le 4e et le 6e …. et qu’on induise une politique complexe de cooperation strategique (soumission aide dépendance) avec le 3e (menacé par le 4e) etc …
    Les relationnels entre groupes ont d’autres references , mais l’agressivité est necessaire pour defendre sa zone de subsistance .
    Au niveau de la régulation naturelle d’un groupe, par ex , si on suit L.Strauss , un groupe en surpopulation (pas assez de mortalité) , va , certaines années , etre en stress /manque l’hiver. Il va s’ensuivre des tensions et un début de scissiparité du groupe qui va expulser de façon cool ou agressive un sous groupe surnuméraire .
    Ce groupe peu rentrer en concurence avec des voisins plus faible pour les expulser de leur territoire (pas tres humaniste mais structurant ds le sens ou celà force le groupe a une discipline moins laxiste) . Le groupe expulsé peut , en desespoire de groupes plusfaible , va etre repoussé vers des territoires délaissés , moins riches (en general la steppe ou la montagne). Dscette situation , il modifie des procédures pour des procédures moins cool , plus rigides . Par ex , il se reproduit moins s’il est obligé au nomadisme (la femme ne peut porter qu’un enfant ds les trajets)……évoluant vers un modèle plus rigide , moins culturel (perte des traditions agricoles par ex), ils seront par contre , le modèle de secour de l’humanité en cas de glaciation , puisqu’ils réoccuperont les zones désertées des plaines et forets de leurs congénères trop « mous » et affaiblis par l’aisance pour s’adapter au froid ……..
    On retrouve là l’idée de E. Morin ,(que je me suis permis d’ameliorer):
    «  »Ds les systèmes naturels , les « bruits » sont constituants du signal ; Dans les systèmes « humains modernes techno ou economiques) les « bruits » sont perturbants et destructeurs du signal «  »"
    On rejoint l’idée d’auto regulation des groupes (Prigogine) naturels en opposition a la tentation de centralisme de l’etre humain et de l’hyper trophie de ses groupes .

  30. Urscumug says:

    Sur les esclaves virtuels, je pense que kercoz fait référence au concept énoncé par Jancovici. Voir cette très intéressante conférence, aller directement au 7ème point « l’énergie ne vaut rien: elle fait du smicard un nabab ».

  31. kercoz says:

    Un peu d’humour sur ce thème . Oleocene backup est un refuge d’exclus ou de fuyards d’oleocene (squatté par qqs liberaux-nukes mais qu’on peut visiter pour les infos factuelles , stats , les fils comme « ville ou campagne » présentent de l’interet ainsi que les discus sur les energies eoliennes ou autres …)
    http://oleocenebackup.forumactif.com/discussions-libres-et-hors-sujet-humour-f10/humour-divers-meme-avaries-t74-15.htm#2578

  32. neophyte says:

    je vais jouer les gentils sauvages, parce que ma réflexion va sans doute vous sembler parfaitement idiote : même si vos arguments sont parfaitement fondés, si la seule alternative c’est le retour à la vie de chasseur-cueilleur, alors c’est comme la démocratie c’est la moins pire des mauvaises solutions !

    Sérieux, le jour où vous aurez des enfants, je vous défie de vouloir les éduquer dans les conditions instables qu’un ‘retour à la nature’ offriraient.

    Et vous pouvez vous gausser tant que vous voulez devant ma frilosité, mais comme dit le dicton : « Un lâche, c’est un héros avec une femme, des gosses et un crédit. »

    • Urscumug says:

      Le retour à la vie de chasseur-cueilleur n’est pas une alternative généralisable à ce jour. Si elle le devient, il faudra la comparer aux autres du moment.

      En attendant, j’éduque plusieurs enfants dans les conditions instables de la vie civilisée, j’espère que eux auront d’autres choix.

  33. Patoche says:

    Déjà, le retour au mode de vie sauvage n’est pas la seule alternative . De plus, peu de monde suivront les primitivistes, ptetre ceux qui auront entendu parler de nous, mais pas plus . Et entre la continuité de cette civ et un retour mondial à la vie sauvage, je ne choisis pas .

    Mec je te défie de ne pas souffrir en éduquant tes enfants, en les envoyant à l’école étudier des matières qui ne l’intéressent pas, se laver le cerveau le soir devant la télé ou la PS3, par l’alcool ou le tabac . Le laisser en apathie, l’empêcher de vivre pleinement . Le voir déprimer devant ses devoirs, le dimanche soir, la veille des rentrées scolaires . Consentir à l’empoisonner par la bouffe industrielle et la pollution . Puis qu’il travaille ce qui ne l’intéressera pas plus ou moins . Et que ses enfants aient la même vie que lui, et ainsi de suite .

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