Les flics dans notre tête

Quelques réflexions sur l’anarchie et la morale

Au cours de mes voyages ces derniers mois, j’ai discuté avec beaucoup d’anarchistes qui considèrent que l’anarchie est un principe moral. Quelques uns vont assez loin, jusqu’à parler de l’anarchie comme si c’était une déité à qui ils avaient offert leur vie – ce qui renforce mes sentiments que ceux qui veulent vraiment expérimenter l’anarchie pourraient bien avoir besoin de divorcer de l’anarchisme.

Les conceptions morales de l’anarchie les plus fréquentes que j’ai entendues définissent l’anarchie comme un principe refusant d’utiliser la violence pour imposer sa volonté à d’autres. Cette conception contient des implications que je ne peux pas accepter. Cela implique que la domination est essentiellement une affaire de décisions morales personnelles plutôt que des rôles sociaux et relationnels, que nous serions tous également aptes à être dans la position d’exercer la domination et que nous avons besoin de pratiquer une autodiscipline pour nous éviter d’agir ainsi. Si la domination est une affaire de rôles sociaux et relationnels, ce principe moral est tout à fait absurde, n’étant rien d’autre qu’un moyen de séparer le politiquement correct (l’élu) du politiquement incorrect (le maudit). Cette définition de l’anarchie place les rebelles anarchistes dans une position encore plus vulnérable dans le combat contre l’autorité, combat déjà fortement déséquilibré. Toutes les formes de violence contre les personnes ou contre la propriété, les grèves générales, le vol et même les fades activités comme la désobéissance civile constituent un usage de la force pour imposer sa volonté. Refuser d’utiliser la violence pour imposer sa propre volonté signifie devenir complètement passif – devenir un esclave. Cette conception de l’anarchie créé ainsi une réglementation pour contrôler nos vies, et cela est un oxymore.

La tentation de créer un principe moral de l’anarchie détourne sa véritable signification. L’anarchie décrit un type de situation particulier, un de ceux dans lequel soit l’autorité n’existe pas, soit le pouvoir de contrôler est nié. Une telle situation ne garantit absolument rien – même pas la continuation de l’existence de cette situation, mais il ouvre la possibilité pour chacun de nous de commencer à créer nos vies pour nous mêmes en fonction de nos propres désirs et passions plutôt qu’en fonction des rôles sociaux et des exigences d’ordre social. L’anarchie n’est pas le but de la révolution, c’est la situation qui rend la seule forme de révolution possible qui m’intéresse – un soulèvement d’individus qui décident de créer leurs vies pour eux mêmes et détruire ce qui se dresse sur leur chemin. C’est une situation libre de toute implication morale, offrant à chacun d’entre nous d’affronter les défis amoraux de vivre nos vies sans asservissements.

Puisque la situation anarchique est amorale, l’idée d’une moralité anarchiste est fortement suspecte. La moralité est un système de principes qui définit ce qui constitue un comportement « bon » ou « mauvais ». Cela implique des absolus extérieurs aux individus par lesquels on devrait se définir, un élément commun à toutes les personnes qui rend certains principes applicables à tout le monde..

Je ne souhaite pas traiter du concept du « commun à toutes les personnes » dans cet article. Mon sujet actuellement c’est que quelque soit la moralité sur laquelle on se base, cela reste toujours extérieur et supérieur à l’individu vivant. Même si les bases ou la moralité viennent de dieu, du patriotisme, de l’humanité commune, des besoins de productivité, de loi naturelle, de « la planète », de l’anarchie, ou même de « l’individu » comme principe, cela reste toujours un idéal abstrait qui nous contrôle. La moralité est une forme d’autorité qui sera détruite par une situation anarchique de la même façon que n’importe qu’elle autre autorité si celle-ci persiste.

La morale et le jugement vont ensembles. La critique – y compris la critique rude, cruelle – est essentielle pour aiguiser nos analyses et nos pratiques rebelles, mais le jugement doit être totalement éradiqué. Le jugement catégorise les personnes comme étant coupables ou non coupables or la culpabilité est l’une des armes les plus puissantes de la répression. Quand nous nous jugeons et nous nous condamnons ou nous jugeons et condamnons n’importe qui d’autre, nous supprimons l’insoumission – c’est l’objectif de la culpabilité. (Cela ne signifie pas que nous ne « devrions » pas haïr, ou souhaiter de tuer quelqu’un – il serait absurde de vouloir créer une moralité « amorale », mais nos haines ont besoin d’être reconnues comme des passions personnelles et ne doivent pas être définies en termes de moralités.). Une critique radicale grandit des expériences réelles, des activités, des passions et des désirs de personnes et sert à libérer l’esprit d’insoumission. Le jugement est issu de principes et d’idéaux qui se positionnent au-dessus de nous, il sert à nous rendre esclave de ces idéaux. Là où les situations anarchiques sont apparues, le jugement a souvent disparu pendant un certain temps, libérant les personnes de la culpabilité – comme lors de certaines révoltes où des personnes de tous horizons ont pillé ensembles dans un esprit joyeux et festif bien qu’ils aient toute leur vie été éduqués dans le respect de la propriété privée. La morale exige la culpabilité, la liberté exige l’élimination de la culpabilité.

Un dadaïste m’a dit un jour : « être gouverné par la morale… a rendu impossible de faire autrement et nous a réduit à ne pouvoir être que passifs envers les policiers : c’est l’origine de notre esclavage. » Certainement, la morale est à l’origine de notre passivité. J’ai entendu parler de plusieurs évènements pendant lesquels un grand nombre d’actions anarchistes ont commencé à se développer et ont expérimenté des formes mineures, mais dans chacune de ces situations, l’énergie s’est dissipée et la plus grande partie des participants sont retournés à leurs non-vies qu’ils vivaient avant les soulèvements. Ces histoires démontrent que, malgré l’ampleur de la pénétration du contrôle social sur nos vies éveillées (mais aussi endormies), nous pouvons réussir à nous en libérer. Mais les flics dans nos têtes – la morale, la culpabilité et la peur – doivent être considérés. Chaque système moral, même s’il prétend faire le contraire, nous impose des limites sur les possibilités qui nous sont offertes, nous contraignent dans nos désirs, et ces limites ne sont pas basées sur nos capacités actuelles, mais sur des idées abstraites qui nous empêchent d’explorer l’étendue complète de nos capacités. Quand des actions anarchistes se sont développées dans le passé, les flics dans les têtes des gens – la peur enracinée, la moralité et la culpabilité – ont effrayé les personnes, les conservant suffisamment soumis pour les mener à se retirer eux mêmes dans la fausse sécurité de leurs cages, faisant disparaitre toute action anarchiste.

C’est très significatif parce que les actions anarchistes ne sortent pas de nulle part – elles surgissent des activités des personnes frustrées par leurs vies. Il est donc possible pour chacun d’entre nous, à tout moment, de créer une telle situation. Souvent, cela se révèle être tactiquement stupide, mais la possibilité est bien là. Cependant nous semblons tous attendre patiemment que les actions anarchistes tombent du ciel – et quand elles surviennent effectivement, nous n’arrivons pas à les faire durer. Même ceux d’entre nous qui ont consciemment rejeté la morale se retrouvent à hésiter, s’arrêtant pour examiner chaque action, craignant la police même quand il n’y a pas de police extérieure autour de nous. La morale, la culpabilité et la peur de la condamnation agit comme un flic dans nos têtes, détruisant notre spontanéité, notre aspect « sauvage naturel », notre habilité à vivre nos vies pleinement.

Les flics dans nos têtes vont continuer à supprimer notre esprit d’insoumission jusqu’à ce que nous apprenions à prendre des risques. Je ne veux pas dire par là que nous devons devenir stupides – la prison n’est pas une situation anarchiste ou libératoire, mais sans risques, il n’y a pas d’aventures, pas de vie. Une action motivée de l’intérieur, une action issue de nos passions et de nos désirs, et non pas de tentatives pour nous conformer à certains principes et idéaux ou de nous fondre dans n’importe quel groupe (y compris les groupes dit « anarchistes »), c’est ce qui peut créer une action anarchiste, ce qui peut nous ouvrir un monde de possibilités limité uniquement par nos propres capacités. Apprendre à exprimer librement nos passions – une compétence qui ne s’apprend que par la pratique -est essentiel. Quand nous ressentons le dégout, la colère, la joie, le désir, la tristesse, l’amour, la haine, nous avons besoin de les exprimer. Ce n’est pas facile. Le plus souvent, je me retrouve retombant dans le rôle social approprié dans certaines situations alors que je voudrais exprimer quelque chose de totalement différent. Je vais me retrouver dans un magasin ressentant du dégout pour le processus économique marchand, et cependant je vais remercier poliment l’employé qui m’entraine justement dans ce processus. Si je le faisais consciemment, comme une excuse pour le vol, ce serait amusant d’utiliser mes compétences pour avoir ce que je veux : mais c’est une réponse sociale enracinée – un flic dans ma tête. Je m’améliore, mais j’ai encore un très long chemin devant moi. Progressivement, j’essaie d’agir sur mes caprices, mes besoins spontanés sans m’inquiéter de ce que les autres pensent de moi. C’est une activité originaire – l’activité qui nait de nos passions et de nos désirs, de nos imaginaires supprimés, de notre créativité unique. Bien sûr, lorsque nous suivons notre subjectivité de cette façon, en vivant nos vies pour nous mêmes, cela peut nous amener à faire des erreurs, mais jamais des erreurs comparables à celle d’accepter une existence de zombie en nous soumettant à l’autorité, à la morale, aux règles que des pouvoirs supérieurs dictent. La vie sans risques, sans la possibilité de faire des erreurs, n’est pas une vie du tout. C’est seulement en prenant le risque de défier toutes les autorités et de vivre pour nous mêmes que nous réussirons à enfin vivre nos vies pleinement.

Je ne veux pas de limites sur ma vie, je veux l’ouverture à toutes les possibilités afin de pouvoir créer ma vie pour moi même et par moi même à tout moment. Cela implique de briser tous les rôles sociaux et de briser toute morale. Quand un anarchiste ou tout autre personne radicale commence à prêcher leurs principes moraux – que ce soit : non violence, écologie, communisme, militantisme ou voir même du « plaisir » idéologiquement exigé – j’entends alors un flic ou un prêtre, et je n’ai aucune envie de négocier avec des personnes comme les flics ou les prêtres, seulement pour les défier. Je me bats pour créer une situation dans laquelle je peux vivre librement, être tout ce que j’ai envie d’être, dans un monde d’individus libres avec lesquels je peux communiquer en fonctions de nos désirs sans contraintes. J’ai suffisamment de flics dans ma tête – aussi bien que dans les rues – à devoir gérer sans avoir à négocier avec les flics des « anarchistes » ni de la moralité radicale. Anarchie et moralité sont totalement antagonistes, et toute opposition efficace à l’autorité aura besoin de s’affronter à la morale et devra éradiquer les flics dans nos têtes.

De Feral Faun pour Anarchy : A Journal Of Desire Armed #24

Traduction Anik 2010

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16 Responses to Les flics dans notre tête

  1. kercoz says:

    Bonjour a tous .
    Dans cet article , seul le titre m’interesse : «  »UN FLIC DANS MA TETE »"

    Le reste a peu d’interet . Cette phrase je l’utilise souvent . Je l’utilise pour ma thèse en opposition au car de CRS en bas de l’immeuble .
    Selon moi , l’ancien modèle etait « le flic ds la tete » , resultant de la structure archaique traditionnelle (en usage jusqu’aux années 50) . Il s’oppose au modèle dynamique centralisateur actuel qui délocalise , sous traite , « décharge » , les fonctions humaines des individus .
    Le « flic ds la tete (lire « le cheval d’orgueil) etait un modèle qui ramenait aux dernieres cellules societales le maximum de responsabilité , de « pouvoirs » de gestion de la structure .
    Dans notre tete il n’y avait pas seulement un flic , mais un juge , un temoin , un coupable , un juré …etc et si on faisait une connerie , on ne mettait pas seulement en cause sa personne (« perdre la face « de Goffman), mais l’honneur de sa famille de sa fraterie , de son quartier meme ……
    Alliénant certe , mais peut etre plus valorisant et maturant que les déléguations actuelles qui font des individus actuels d’eternels pré-ado .
    Dazns cette reflexion , ce qui est interessant c’est cette concordance avec un idéal que je co-incide avec l’idéal LIBERTAIRE et le modèle archaique parcellisé, fractal , auto -organisé .

  2. nicollas says:

    Si tu gardes juste le titre pour pouvoir parler de ce que tu as sur le coeur sans prendre la peine de discuter sur ce que les autres écrivent, je ne pense pas que ce soit très enrichissant …

  3. kercoz says:

    Ben , non , justement .
    La thèse de l’article fait croire que le « flic ds la tete » est une aliénation provenant de l’exterieur , induite par un système …… Ce qui , a mon avis fausse les deux SEULS systèmes possibles : Modèle parcellisé auto-organisé …en opposition au modèle actuel qui centralise de plus en plus la gestion de nos besoins /services en nous enlevant peut etre des responsabilités contraignantes mais qui dévalue l’individu en le deresponsabilisant .
    Un ex : ds les années 30/50 , si tu lis « cheval d’orgueil » , l’aliénation des individus au système agro -archaique etait tres fort ,mais tres valorisant/sécurisant . Un individu évitait dese mettre en « faute » poiur ne pas impliquer son groupe (chantage affect) , mais si tu avais 2 freres en taule , tu ne pouvais pas etre ministre !
    Ce genre de contrainte peut etre aliénante mais est économe en fonctionnaires et responsabilise l’individu ds ses choix …….de moins il me semble .
    La vision de l’anarchie par beaucoup est souvent trop « romantique » . Un vieil anar me disait qd j’etais beaucoup plus jeune que je ne tiendrais pas 1 mois ds une commune libertaire …..
    Etre libertaire ne consiste pas a supprimer une aliénation , mais d’en changer .
    Le reste c’est de litterature ou du Bisounours .
    Maintenant je peux discuter du contenu du post . Mais je n ‘ y trouve pas de propositions a discuter . Puisqu’il n’y a pas de propositions , je peux discuter sa vision de la « morale » , ce qui ne sortirait pas du sujet .

    ////Chaque système moral, même s’il prétend faire le contraire, nous impose des limites sur les possibilités qui nous sont offertes, nous contraignent dans nos désirs, et ces limites ne sont pas basées sur nos capacités actuelles, mais sur des idées abstraites qui nous empêchent d’explorer l’étendue complète de nos capacités. ////
    Ca n’est pas faux . Mais fouillons un peu …un peu d’archaisme socio :
    Les individus agissent pour leur interet . OK!
    Les individus doivent aussi agir pour l’interet du groupe …OK
    Les actes des individus ont un impact sur la civilisation (groupe x temps)
    Ces actes impactent aussi l’interet de l’espêce …

    Bon , le problème c’estr que ces interets ne co-incident pas et sont meme souvent contradictoires , voire conflictuels ……
    Quels interets mettre en premier ?
    Pas évident , hein ! Si , par ex je vis ds une periode interglaciaire favorable et que j’ai gavé de petrole ……..je me la coule douce , ecran plat , banane ds l’oreille etc … et le groupe se ramollit et n’est meme plus capable de defendre sa meuf et abreuver ses sillons d’un sang impure….. donc le groupe est comdamné si la brise survient avec guerre , fin de petrole ou periode glaciaire …..Par contre la memoire collective a stocké ds son disque dur des contraintes identiques (ere glaciaire) qu’elle a gérer avec des »rites » ou contraintes sociétales disons sécurisantes .
    Ces rites n’étant pas « lisibles » immédiatement , et pré existant depuis l’homminidification, ont ete réutilisés par des « pouvoirs » civils ou religieux , mais , bien apres a mon avis .
    Je vois les instincts (génétiques) comme des memoire a tres long terme et les rites (culturels/appris) comme des memoires a moyen terme qui réutilisent-modulent les instincts …………
    Mais , bien sur , c’est plus romantique de dire »Morale= caca « 

  4. Sinziana says:

    Tu veux dire que notre prétendue liberté, même sans flics ni idéologie aliénante ni rien, reste toujours inscrite dans les limites + ou – étroites des nos instincts et des rites qui les modulent? Effectivement c’est un discours qui ne doit pas beaucoup plaire aux anarchistes :D

    Pour ma part, j’aime l’idée de se fixer « librement » quand même quelques principes moraux, comme la non-violence par exemple. Ce n’est pas un flic dans ma tête mais juste un truc qui aide à prendre certaines décisions.

  5. kercoz says:

    Bonsoir.
    ////Tu veux dire que notre prétendue liberté, même sans flics ni idéologie aliénante ni rien, reste toujours inscrite dans les limites + ou – étroites des nos instincts et des rites qui les modulent? ///
    Pourquoi une réalité incontournable devrait elle plaire ou déplaire ?
    Ds certains forum , j’avais une signature que j’attribuais ironiquement aJ.Halliday :
    «  »" » Le peu de conscience que l’on peut esperer est celle du poids de nos chaines et du peu de « Je » qu’elles nous laissent «  »" »" »"
    Je n’en suis pas peu fier . C’est du determinisme basique . Pour ceux que ça ineresse , la Th.du Chaos , avec la thèse des « Biffurcation » et l’irreversibilité du temps (fleche du temps) , autorise un peu de liberté a ce determinisme fataliste déprimant.
    Nous prenons des décisions ebn fonctions des experiences precedentes elles memes issues de décisions précedentes etc ….. déprimant non ? Nous somme sur des rails et notre realité est comme une bulle qui n’existe que par son exterieur……
    On se dit qu’en faisant des contre choix , on pourrait colorer un peu la bulle et exister « un peu » ! je vais ecouter du rock ou du jazz parce que c’est colmme ça que je vis , avec des potes etc …mes xperiences seront identiques a celles d’hier ou voisines (changer de meuf!) … quelle liberté là dedans ? que dalle . Je décide d’un contre choix : j’ai un pote qui prend son pied a ecouter mozart/pas normal , il a un plaisir que je ne connais pas ! pas juste ! ….. Je vais aller avec lui au concert ….. Je sors du rail prévu , j’ai une experience differente , je vois des gens differents , musique differentes …..
    Lendemain sur un evenement a gerer , decision …ds mon disque dur j’ai une info » en plus », pas logique , pas endogame ni redondante pour une fois …. je peux donc juger un evenement et faire un choix legerement different …..
    Je colore ma bulle , je me « crée » ..un peu ..je suis Dieu ..quoi !

    Mais c’est vrais , les instincts sont genetique et tres forts (lire K.LOrenz , l’agressivité).La memoire de milliers d’années , des periodes plus hard (glaciaires) predateurs etc … sont ds les rites structurants tres forts aussi ……..
    Ce modèle a une garantie décennale (en million d’année) et on voudrait en 50 ans bouleverser ça et dire « Je suis libre » ….Permettez que je pouffe .
    L’anarchie , le libertaire , n’est pas l’absence d’aliénation . C’est l’aliénation qui optimise :
    1/ l’individu
    2/ le groupe
    3/ la civilisation
    4/ l’espece
    Et ces interets sont antagoniste . Pas facile de faire une moyenne qui satisfasse tout ces actionnaires ! C’est pourtant ce que les rites ont fait en ponderant l’instinct …..

    ///Pour ma part, j’aime l’idée de se fixer « librement » quand même quelques principes moraux, comme la non-violence par exemple. Ce n’est pas un flic dans ma tête mais juste un truc qui aide à prendre certaines décisions.////
    Vous avez raison …toujours debuter par « vous avez raison » . En valorisant l’interlocuteur , on obtient une meilleur ecoute et une ecote positive (Goffman)
    Apres on peut dire ce qu’on veut !
    Les principes moraux ne sont jamais fixés librement . Si la religion a squatté les rites antérieurs de plusieurs millions d’années , c’est parce qu’une « zone de pouvoir » n’est jamais perdue pour tout le monde .
    Pour la non violence , c’est a mon avis raté . L’humanisme est un luxe de moderniste saturé d’energie gratos .
    Mais rassure toi , les methodes archaiques ne sont pas violentes contrairement a ce qu’on croit . Ex: une sanction archaique du groupe sur un intrus ou un gus chiant , et qui ressurgit sur les forums apres une desafection millenaire : la sanction d’invisibilité .
    Ceux qui l’ont subie savent la cruauté de dette repression non violente .
    Ds la tribu , le contrevenant etait decreté « invisible » , « mort » , ce qu’on voyait etait son esprit et il etait defendu ET de lui répondre ET de le regarder ……en general le type se flinguait ou devenait fou .
    En lisant Goffmn , on s’aperçoit que » perdre la face » est grave . Ds un groupe archaique on y laissait souvent la vie . Maintenant non , on peu changer de pseudo ou de quartier ……Mais , plus interessant , la « FACE » etait sacrée , et pire que perdre la face , c’etait « faire perdre la face » …les asiatique ne disent jamais non pour ne pas vexer , ils attendent que tu change d’avis ;…Certains vendeurs se servent de ce rite , inconsciemment : on achete pour ne pas lui faire perdre la face …
    On ne donne pas non plus , plus que l’autre peu rendre , pour ne pas le mettre en gène …..l’economie est inversée .
    Ce système est pour moi l’ideal libertaire …la preuve leurs enfants rigolent tout le temps .

  6. sinziana says:

    Les enfants des asiatiques? bof, le mien rigole pas mal aussi.

    Me voilà donc bombardée « moderniste saturée d’energie gratos« … :D
    Je m’en doutais un peu, remarque. C’est peut-être pour ça que j’avais mis librement entre guillemets.

    Merci de partager avec nous ces idées qui sont claires et argumentées.

    Concernant la sanction d’invisibilité (ça me rappelle la nouvelle de Silverberg: Voir l’homme invisible, mais j’ignorais que ça avait existé réellement), la violence n’est pas physique mais elle est bien présente.

  7. kercoz says:

    Désolé , je ne voulais pas te choquer . Je parlais de notre « subjectivité » commune , qui fait que notre jugement ne peut etre réaliste , puisque impliqués une epoque .
    J’en profite pour prier les lecteurs éventuels de bien vouloir excuser mes textes assez confus (je l’avoue) . Comme excuse je dirais que je préfère conserver une certaine spontanéité . Je ne relis jamais , sinon j ‘efface .
    Je manque de temps , mais j’aimerai , un jour, prendre le temps d’exposer ma vision des choses d’une façon claire et concise (on peut rever!)
    La sanction d’invisibilité se retrouve aussi ds la serie d’ AUEL , ayla; on m’a dit qu’elle se pratiquait encore ds l’arriere magreb .
    Parmi les process archaique vertueux , l’auto-accusation public .(Goffman) L’auto accusation spectularisé , apres une violation d’un rite ou un manquement (pleurs , declamation sollennelle..) n’st nullement une perte de la « face » , mais au contraire , valorisante pour le coupable…….Cette procédure en garantissant l’impunité , resout un tas de problèmes .
    Les curés et les dictatures ont récupéré cette procédure qui permet de réintégrer une brebi égarée et un opposant potentiel .

  8. sinziana says:

    Tu ne m’as pas choquée, rassure-toi. :)

  9. Urscumug says:

    Kercoz a écrit: « Je manque de temps , mais j’aimerai , un jour, prendre le temps d’exposer ma vision des choses d’une façon claire et concise  »
    Ce serait une très bonne chose, si tu veux poster un article ici, il y a certainement quelques personnes qui t’aideront à atteindre la clarté et la concision.

  10. kercoz says:

    Je ne voudrais pas polluer ce fil . ça risque d’etre long . Je pense a un truc a tiroirs , le premier chapitre /tiroir etant la table des matieres . Je ne vois pas d’entrée pour ouvrir un nouvel article . Je vais essayer de preparer ça sur un wiki perso , mais ça va me couter un max de vaisselles , je suis nul en informatique .

  11. sinziana says:

    Les « rites » ne sont quand même pas tout puissants. Je pense à la campagne de désobéissance menée par Gandhi et qui a débouché sur l’indépendance de l’Inde. Dans ce cas, la non-violence était bien un choix conscient à forte composante morale. La supériorité numérique des indigènes implique que la guerre ouverte ou la guerilla auraient été possibles aussi.

  12. Kipawa says:

    Je ne partage pas ton opinion que c’est la campagne de désobéissance menée par Gandhi qui a débouché sur l’indépendance de l’Inde, ça serait d’occulter les nombreuses manifestations d’insurrections (révoltes sociales, grèves, émeutes, exécution des commandants britannique et lutte armée) présentes à cette époque. Le pouvoir britannique a vu en Gandhi un interlocuteur modéré, qui était prêt à pacifier la population et à préserver une certaine dépendance économique en échange d’une indépendance politique.

  13. Urscumug says:

    Oui, sur la non violence il y aurait quelques choses à dire. Dans Endgame, Derrick y consacre quelques chapitres, je rêve d’avoir du temps pour en faire une synthèse.

  14. sinziana says:

    @Kipawa

    Tu as probablement raison. Ma version de l’histoire pue le mythe hollywoodien où le Bien et la Justice triomphent. :D

    Mais alors… point de justice, point de liberté, point de salut hors la violence?!
    (Monde de merde.)

  15. Urscumug says:

    Prémisse 3: « Notre mode de vie, la civilisation industrielle, est basée sur, nécessite, et s’effondrerait rapidement sans une violence constante et généralisée. »

  16. Kipawa says:

    Pour simplifier ma pensée, je dirais:

    Justice, liberté, etc entre ceux et celles qui désirent subvertir ce monde (non-violence) et dans les communautés qui libèrent du contrôle social de l’État, du marché, des dogmes, etc. et pratique un mode de vie autonome et viable écologiquement.

    Confrontation relative (propagande parlée, écrite mais surtout par le fait) envers les pions qui défendent ce réseau de domination, déconstruire leurs préconceptions, de manière relative à leur attitude (critique envers les dogmatiques et les idéologues, plus convivial envers les « ouvert d’esprit »).

    Confrontation violente envers toutes institutions, réseaux et systèmes de domination et ceux et celles qui le défendent « corps et âme ».

    Comme dirait l’autre, « on a besoin de tout », et nous devons évaluer les différentes situations et choisir le moyen approprié, en étant intègre et honnête.

    En bref, la violence doit être limitée aux responsables de l’exploitation économique, de la domination politique et de la destruction de la biosphère. Une personne qui serait violent avec ses semblables (par exemple, dans un groupe d’amis) serait quelqu’un qui voudrait « institutionnaliser » son pouvoir dans le groupe (domination politique) et donc, serait aussi candidat à une réponse violence de la part de ses pairs.

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