Qu’est-ce que la permaculture ?

Une vision éco-anarchiste

La permaculture est souvent présentée comme une alternative à notre modèle de production agricole, mais au-delà de ce domaine et de sa définition officielle « Mode d’aménagement écologique du territoire, visant à concevoir des systèmes stables et auto-suffisants et à produire de la nourriture en renforçant l’écosystème. », elle couvre tous les domaines de la vie.

S’il fallait résumer en une phrase, je dirais que la permaculture est un modèle de société post-industrielle soutenable basé sur une éthique «primitive».

Je vais détailler les différentes parties de cette définition :

Un modèle de société

En effet certaines personnes imaginent peut être la permaculture comme un ensemble de techniques de jardinage ou d’agriculture, et non pas comme un cadre plus large dans lequel penser une société (même si comme on le verra plus loin, ces deux choses sont liées). Cela vient du fait qu’à la base, la permaculture étudiait des modèles de planification agricole, et de la notoriété de l’agriculture naturelle de Fukuoka, que beaucoup confondent avec la permaculture. Mais depuis, la permaculture a évolué, elle est passée du domaine agricole (permanent agriculture) à celui d’une société dans son ensemble (permanent culture). La permaculture regroupe donc toutes les composantes d’une société,  comme l’éducation, l’habitat, l’énergie, etc.

Une société post-industrielle

La permaculture est à replacer dans notre contexte actuel. Tout d’abord elle a émergé dans le cadre des chocs pétroliers des années 70, c’est pourquoi elle met l’accent sur la réduction de notre dépendance vis-à-vis des énergies fossiles. Le concept de permaculture est maintenant complètement associé à la problématique de descente énergétique à laquelle nos sociétés vont devoir faire face. Cette descente va commencer avec le pic pétrolier imminent, qui va se traduire par une baisse de la production mondiale de pétrole. Pour la première fois, la consommation sera irrémédiablement contrainte par la production. Le prix du pétrole va flamber, entrainant la chute de nos systèmes financiers et économiques. La suite, personne ne peut la prévoir avec certitude, mais les estimations ne sont souvent pas très optimistes. En effet, nos sociétés sont complètement dépendantes des énergies fossiles, que ce soit pour les transports, la production de nourriture, la construction de bâtiments, etc.

Une société soutenable

Ça ne fait plus aucun doute aujourd’hui, notre mode de vie n’est plus soutenable. Que ce soit au niveau du dérèglement climatique, de la nouvelle extinction en masse des espèces, des pollutions diverses, etc. De toute façon, ce système ne pourra plus durer très longtemps, à cause de la descente énergétique à venir.

Le modèle de société apporté par la permaculture doit donc être soutenable, contrairement au nôtre. La notion de durabilité/soutenabilité est complexe à définir, comme le montre les nombreuses ambigüités du développement durable. Je vais tenter le périlleux exercice de définir une notion de soutenabilité. Une société ne peut être soutenable qu’en respectant les lois de la Nature. Nous voilà bien avancés. Pour définir la Nature et ses lois, je vais m’inspirer de Daniel Quinn. Pour moi la Nature est le résultat (sans cesse en mouvement) du processus d’évolution, c’est à dire la diversité créée au cours du temps par les modifications génétiques, passées au filtre de la sélection naturelle. L’Homme, en tant que créature vivante, est le fruit de cette diversité, et est soumis à ce processus de compétitivité entre espèces. Le problème, c’est que l’Homme tente d’échapper depuis peu à ces processus, et comme l’Homme ne peut pas se sortir de l’écosystème dans lequel il se trouve (même s’il le pense, transformant conceptuellement la “Nature” en “environnement”), cette voie n’est pas soutenable.

Mais à partir de quand les Hommes sont-ils sortis (en apparence) du cadre de la loi de compétition entre espèces ? En général, on blâme la révolution industrielle. En effet, l’utilisation des énergies fossiles nous a donné une puissance jusque là inconnue, fruit de l’énergie solaire accumulée pendant des millions d’années avant d’être enfouies sous terre. Pourtant l’Homme n’a pas attendu la révolution industrielle pour mettre la Nature au pas. Que l’on songe au rationalisme cartésien, dans lequel la Nature peut être mise sous forme d’équations mathématiques, ou plus anciennement au message biblique qui déclare que l’homme peut contraindre la Terre et les animaux.

Alors à partir de quand cette séparation entre l’Homme et la Nature s’est elle opérée ? La sélection naturelle est une compétition entre espèces, dans laquelle les espèces les plus adaptées à leur milieu survivent. Un animal peut donc utiliser toutes ses capacités pour survivre (c’est à dire se nourrir, échapper à ses prédateurs et se reproduire). L’Homme a commencé à enfreindre les règles lorsqu’il s’est mis à faire la guerre aux autres animaux : exterminer ses prédateurs (sans que ce soit pour s’en nourrir), exterminer ses rivaux, exterminer les rivaux de sa nourriture, et exterminer les rivaux de la nourriture de sa nourriture. C’est à dire que l’Homme s’est approprié la nourriture et à dénié l’accès de cette nourriture aux autres [1]. On tue les renards qui mangent nos poules, on protège les graines que l’on donne à nos poules contre les rats, on désherbe des champs pour planter du blé pour nourrir nos poules. La séparation entre l’Homme et la Nature s’est donc opérée lors d’une autre “révolution”, celle du néolithique, lorsque l’agriculture est née dans le croissant fertile, il y a 10 000 ans. Ce n’est donc pas notre société occidentale qui est sur la mauvaise voie, mais nos sociétés d’agriculteurs, c’est à dire pratiquement toute la population du globe, mis à part les quelques tribus de chasseurs-cueilleurs qui ont été épargnées.

Une éthique primitive

Il faut d’abord déconstruire l’imaginaire du sauvage primitif brutal et affamé. En effet la vie des peuples chasseurs-cueilleurs, sans être idéale, n’en a pas moins des aspects qui font profondément défaut dans nos sociétés “modernes”. Tout d’abord les famines sont le lot des sociétés d’agriculteurs, non pas de chasseur-cueilleurs, car la Nature est robuste et résiliente, et la diététique primitive est très variée. D’ailleurs les sociétés qui se sont mises à l’agriculture ont souffert d’une baisse de niveau de vie et de santé. Ensuite ces sociétés sont plus égalitaires que les nôtres (gardons nous d’idéaliser cependant), ce qui vient du fait que dans ces sociétés, tout le monde à accès à la nourriture (il suffit de la cueillir). Dans les sociétés d’agriculteurs, le surplus agricole est mis sous clef et confisqué par une élite entretenue par ces mêmes surplus. Également, les peuples de chasseurs cueilleurs ne travaillent pas, mais se contentent de faire ce qui doit être fait, comme dirait Fukuoka, c’est à dire de vivre.

Pour en revenir à la permaculture, les principes éthiques sont inspirés de sociétés “primitives”[2], en l’occurrence probablement par les aborigènes d’Australie.

Ces principes sont :

  1. Prendre soin de la Terre
  2. Prendre soin des Hommes
  3. Limiter la consommation et la population, et redistribuer les surplus

Ces principes pourraient sembler naïfs, mais force est de constater qu’on ne les applique pas. Comme nous avons vu notre agriculture totalitaire (pour reprendre l’expression de Quinn) est une guerre contre la Nature. On s’aperçoit que ces principes éthiques sont issus de sociétés primitives par son dernier point, et plus particulièrement la limitation de la population. Ce fait, vital pour les sociétés de chasseurs cueilleurs, est devenu tabou dans notre société. Cependant, tout laisse à penser que la population est fonction de la nourriture, et donc de l’énergie, et que la future descente énergétique s’accompagnera d’une descente démographique.

La question n’est pas de savoir s’il faut revenir à des sociétés de chasseurs-cueilleurs, nous sommes trop nombreux et la Nature est trop dégradée pour que cela soit possible (si cela est souhaitable). Dans ce contexte, la permaculture offre un bon compromis entre l’agriculture totalitaire, et le laisser-faire quasi total de la chasse-cueillette en terme d’interventions. En effet la permaculture se rapproche beaucoup plus des pratiques horticoles ancestrales de certains peuples mi chasseurs-cueilleurs, mi horticoles. Comme ces pratiques, elle définit une méthode de production très respectueuse de la Nature. En effet la permaculture respecte l’évolution climacique de la végétation (c’est à dire la forme de végétation qui est l’aboutissement de l’évolution d’un lieu –la forêt dans nos régions tempérées), en plantant des espèces pérennes, en plantant des espèces pionnières qui vont aider les espèces climaciques à pousser. L’agriculture totalitaire, au contraire, s’appuie sur un traumatisme constant de la végétation, par le feu, les pesticides ou le labour, pour planter chaque année des espèces annuelles, en refusant l’expression spontanée de l’évolution climacique de la végétation.

Voilà résumée ma position sur la permaculture. Elle s’inscrit dans une vision éco-anarchiste, qui remet en cause les dogmes de la civilisation (et de l’agriculture, son nécessaire fer de lance), dans laquelle la permaculture est un modèle qui nous permettra de nous sortir de la descente énergétique, en construisant une société plus égalitaire et respectueuse de la Nature.

[1] Pour une description plus talentueuse, lire l’extrait d’Ishmael dont ma pensée est plus qu’inspirée.
[2] David Holmgren, Permaculture: Principles and Pathways Beyond Sustainability (2002), p. 1.

Article original

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9 Responses to Qu’est-ce que la permaculture ?

  1. kercoz says:

    Bonsoir a tous .
    On va me trouver « invasif » , mais il se trouve que je pratique pour mon potager la technique « BRF » assez proche et une des composantes essentielle de la permaculture …


    Note de l’éditeur
    : oui c’est tout à fait invasif, cet article ne traite pas pas de techniques culturales, les brf n’ont rien à faire ici et n’ont rien à voir avec une des composantes essentielles de la permaculture telles qu’elles sont énumérées dans cet articles et qui sont plutôt des modèles et des principes éthiques.
    Ce commentaire et ceux qui ont suivi ont donc été supprimés.

  2. kercoz says:

    Apparemment , sur ce site , les flics ne sont pas seulement ds nos tetes .
    S’il faut discuter du caractère sectaire de la mouvance tardive de la permaculture , on peut ouvrir le débat. A l’origine , la permaculture est une pratique agricole qui englobe l’environnement immédiat …… Cultiver en pijamas en remerciant les etoiles , les mains ouvertes etc et les délires de Gaiia ne font que décridibiliser des solutions qui manquent dans la catastrophe alimentaire en cours .

  3. Nicollas says:

    @kercoz

    je suis d’accord avec l’administrateur avec le peu de pertinence de parler bout de bois épandus sur le sol ici; on est à un niveau plus global.

    Autant parler pyjama, mixture et astres décrédibilise la permaculture, qui n’en parle jamais pas plus que moi dans cet article ou ailleurs; autant parler BRF quand on parle de permaculture est une simplification abusive qui décridibilise tout le côté conception et systémique.

  4. kercoz says:

    Ok.
    Je ne vous derangerais plus dans vos certitudes .
    Je retourne a mon potager . BBonne chance pour votre site .

  5. nicollas says:

    Note que le BRF ne me (nous?) dérange pas plus que ça. Tu n’as rien ébranlé.

  6. Urscumug says:

    Moi non plus, d’ailleurs du BRF j’en fais chaque fois que j’en ai l’occasion. C’est l’invasion du sujet qui m’ébranle ;-)

  7. karlimage says:

    de ce que je connais
    c’est la patrie
    elle à tous les moyens pour me convaincre résolument

    déjà que quand je suis petit

    oui mais après on apprend à ses frais non remboursé par la sécurité sociale
    c est pas toujours à le même qui doit prendre les risques

    peut être de la permaculture, bonne idée pour t’esquinter
    comme pale reflet de la détermination ambiante

    car je sais pas de ce que l’on fait ou de ce que l’on ne fait pas
    et en dehors de cela peut être que tout est là

    que du manger y en a a portée de main

    mais dans les au dehors
    de nos camps de concentrations plantés dans les circonvolutions de nos cervelles

    c est pas obligé d’aller au delhaize, ou des fois à cause de sa maman, mais s est pas grave, car tout le monde sait qu’il faut assumer les problèmes de sa mère.

    pas tellement que l’on a besoin mais beaucoup aussi
    par manque de structuration et/ou de manque de confiance en nous

    cela ressemble
    mais c est pas cela

    je le sais
    tanto

  8. Patoche says:

    Tu pourrais être un peu plus clair stp ?
    Ce langage est un tantinet sybillin à mon goût .

  9. karlimage says:

    je suis pas clair
    ou alors je fait comme tout le monde de donné l’illusion de clarté avec une lampe électrique

    je crois pas aux théories parce qu’elle doivent se vivre
    meme celle de la permaculture

    l’intégré en notre monde, cela marche pas, sauf comme exeptions médiatiques

    mangé du mouron des oiseaux comme salades
    cela en fait quand meme chaque fois une de moins vendues par les usines à salades
    et c’est un pas versl’indépendance alimentaire

    si s est travaillé en plus grand
    cela en fait encore d’autant moins

    en une déma

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