article paru dans la brochure En suspens Nous n’irons pas à la grève comme nous allions à l’école, publiée à Montréal par la Diffusion La Mitrailleuse, en février 2012, dans le contexte de la grève générale illimitée à venir.
Je vous recommande fortement la lecture de l’intégralité de la brochure. Celle-ci est disponible sur le site de La Mitrailleuse et de La Mauvaise Herbe
Qu’apprend-on à l’école qu’on ne pourrait pas apprendre ailleurs?
Est-ce que tu aimes aller l’école? Bien oui.
T’aimes l’école? Toi?
Qu’est-ce que… bien, moyen.
Est-ce que tu aimes ta prof? Oui.
Pourquoi? Je sais pas.
Elle est gentille? Oui.
Est-ce que tu as aimé ta prof de l’année passé? Moyen.
Pourquoi? Je sais pas.
Est-ce que ta prof te chicane? Non.
Est-ce que ta prof de l’année passée t’a déjà chicané? Oui.
Qu’est-ce qu’elle te faisait? Je sais pas.
Est-ce qu’elle aimait ça quand tu restais debout pour faire tes exercices? Il faut être assis pour faire les exercices.
Est-ce qu’elle te mettait dans un coin lorsque tu restais debout? Oui.
Est-ce qu’elle mettait les enfants qui parlent trop couchés par terre à plat ventre? Oui.
Est-ce qu’elle a déjà frappé un enfant avec sa règle s’il levait sa tête? Je sais pas.
Si tu n’écoutais pas la prof, tu étais le dernier à choisir ton jouet? Oui.
En fait, c’est les enfants qui avaient le feu vert de la prof qui décidaient qui étaient les derniers à pouvoir choisir leur jouet? Oui, c’est ça.
Est-ce qu’elle a déjà embarré une fille dans la toilette parce qu’elle a dit le mot caca? Il ne faut pas dire ce mot.
La note qu’elle m’a écrit un jour, c’était parce que tu as dit le mot caca en classe? [silence]
Ce n’est pas grave, je ne suis pas fâché. C’était quoi la punition que tu as eu? [silence] Mais pourquoi on va à l’école?
Suite à des événements, la psycho-éducatrice avait commencé à faire des visites surprises dans sa classe pour constater les différentes méthodes d’enseignement utilisées par l’enseignante et c’est comme cela que j’ai appris sur ce qui se passait avec mon fils. Il préférait ne pas m’en parler. C’est comme s’il avait peur de ma réaction. J’ai passé plusieurs semaines à discuter avec mon fils pour lui faire comprendre qu’il pouvait faire ce qu’il voulait, qu’il n’avait pas à se soumettre à une autorité. Il considérait comme étant de sa faute ce qui s’était passé.
Cette expérience me rappelle mes propres traumatismes de jeunesse. En parlant avec d’autres, je me suis aperçu que je ne suis pas le seul à avoir subi des expériences déplaisantes à l’école : des cas d’humiliation publique, d’harcèlement, de violence physique et d’intimidation. Je me souviens de la prof de deuxième qui nous obligeait à nous mettre dans un coin de la classe selon la note obtenue à la dictée. Ou de la fois où une prof de 5e m’a humilié parce que j’avais des problèmes à prononcer des mots. Et la fois aussi qu’un prof de secondaire 1 a menacé un enfant de le jeter par la fenêtre et était frustré parce qu’il y avait une grille qui l’en empêchait. Puis quoi dire de la prof de secondaire 3 qui avait déclaré devant toute la classe que les purs laines devraient avoir honte puisque des filles d’immigrants savaient mieux écrire qu’eux. Et j’en passe.
Mais pourquoi envoie-t-on nos enfants à l’école? On nous dit que c’est durant l’école primaire que s’acquièrent les bases de l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et des mathématiques, mais quiconque passe du temps avec les enfants voit bien que les enfants veulent apprendre ce que nous faisons, donc qu’ils veulent apprendre à lire s’ils nous voient lire, à écrire s’ils nous voient écrire et à compter s’ils nous voient compter.
Qu’est-ce qu’on veut que nos enfants apprennent? L’école moderne est une institution sociale qui fut générée dans le contexte du développement de la société industrielle capitaliste. Aujourd’hui, on peut facilement constater que l’objectif derrière les réformes actuelles vise à faire concorder l’école aux valeurs du capitalisme avancé : gestion par projets, compétences, formation continue, flexibilité, etc. Elle vise à préparer une main d’œuvre manipulable et adaptable selon les nécessités de l’économie. L’éducation ne cherche pas à former des individus libres et autonomes. La société est l’antithèse de la communauté autonome autosuffisante.
Alors, comment apprennent-ils? À tous les jours, ils observent les activités des grands de leur entourage et apprennent comment fonctionnent les relations entre les personnes. Les enfants élevés dans un monde capitaliste apprendront à accepter les normes sociales de celui-ci, même s’ils sont en contact avec un discours autre.
Et les enfants apprennent de différentes manières, chacun ayant sa propre singularité dans leur façon d’apprendre. Ils apprennent en nous écoutant, observant, imitant et en expérimentant. Les enfants apprennent à tous les jours, à tout moment. Même si vous ne réalisez pas, vos enfants vous « étudient » en ce moment même. Ils sont plus auditifs, visuels ou les deux, autodidactes ou ont besoin un peu d’aide, et ils apprennent sur les matières et sujets qui leur intéressent et selon leur propre rythme.
Donc, pourquoi amenons-nous nos enfants à l’école? L’école est souvent vue comme un établissement accueillant des élèves afin que des enseignants leur dispensent un enseignement de façon collective. Le mot école viendrait du mot latin schola, signifiant « loisir consacré à l’étude », institution idéalisée par les philosophes/idéologues et perçue comme étant une catégorie socialement valorisée opposée à la sphère des tâches manuelles et productives. Je suis étonné de voir que l’école est un loisir consacré à l’étude, puisque lorsque je pense à l’école, je ne pense pas à une activité plaisante, je n’y vois pas une sphère opposée à des tâches productives, au contraire, j’y vois plutôt un fardeau et un lieu de productivité, un lieu où on se fait exploiter gratuitement, pis en plus on paie pour ça.
Mais s’ils ne vont pas à l’école, ils seront ignorants et désadaptés, peut-on entendre de la bouche de certains. Selon plusieurs parents pratiquant l’école à la maison ou le « unschooling », le corpus éducatif d’une semaine d’école primaire et secondaire se réduit à environ 8 à 10h par semaine. Le reste du temps, nous apprenons à nous soumettre et à craindre l’autorité du prof, du directeur, de la TS en milieu scolaire, de la DPJ, des Centre jeunesses, de la police et du tribunal jeunesse.
La discipline est au centre du projet éducatif de l’école
La société hiérarchisée repose principalement sur la domestication de l’humain. L’école obligatoire dure de plus en plus puisque « cela prend autant de temps pour briser suffisamment la volonté d’un enfant. Ce n’est pas facile de déconnecter les volontés des enfants, de les déconnecter de leurs propres expériences du monde afin de les préparer à des conditions de travail pénible et douloureux qu’ils auront à endurer » (Jensen, 2000, p. 102).
L’école primaire obligatoire a été instaurée au Canada en 1871 et le contrôle par l’État du système éducatif s’est consolidé jusqu’en 1920. L’approche dominante dans les écoles a toujours été le formalisme pédagogique, c’est-à-dire une approche qui met l’emphase sur la discipline stricte, l’apprentissage par cœur et la mémorisation, quoique la dernière réforme tente timidement de s’en distancer tout en étant la cible d’une forte opposition de divers acteurs. Selon une analyse foucaldienne, l’école obligatoire sous le contrôle étatique représente un réseau de méthodes de surveillance et de coercition afin de normaliser les façons particulières d’apprendre et d’agir. Ceux qui ont refusé d’y amener leurs enfants les ont vus se faire enlever et interner dans des pensionnats, comme ce fut le cas pour les enfants autochtones et des communautés chrétiennes anti-étatistes comme les Sons of Freedom.
La discipline se pratique par la sangle et par la parole. En acceptant leur rôle social d’agent de l’État, les enseignants isolent les enfants les uns des autres, ils vont soulever les différences des enfants en classe pour mieux les catégoriser et pour que les autres les discriminent à leur tour, ils vont les humilier en public, ils vont les obliger à parler de la profession de leur parent en classe afin de déterminer leur acceptabilité sociale, ils vont les impliquer dans la punition, ils vont les intimider devant la classe, les obliger à marcher seul jusqu’au bureau du directeur, à se mettre en rang, à se mettre debout devant les figures d’autorité et ils vont les conditionner à répondre aux sons de cloche.
Ce qui est mis de l’avant par ces pratiques est l’idée que les adultes possèdent l’enfant, qu’ils ont le contrôle légitime sur eux. C’était important de leur faire comprendre que le respect de l’autorité devait leur être imposé. Et ils savent très bien que dans la cour d’école, les enfants reproduisent et donnent légitimité à ces relations de pouvoir vécues en classe pour leur propre intérêt. Tout devait être fait pour les garder à leur place. Nous ne sommes donc pas étonnés lorsque nous apprenions qu’un élève a détruit du mobilier de l’école ou vandalisé la voiture d’un enseignant.
Les élèves sont donc la population à être contrôlée, surveillée, évaluée et disciplinée; l’école permet cela. La discipline n’est pas unique à l’école, on la retrouve aussi à la manufacture/usine, au bureau, à la prison et à l’hôpital psychiatrique.
Bref historique de l’école
Dans les premières civilisations, l’école a été intentée pour les scribes et autres fonctionnaires qui s’occupaient des rôles administratifs et religieux. Chez les anciens Grecs, l’école avait comme but de former les futurs soldats, avant qu’elle se transforme vers un enseignement, dispensé par les sophistes, de la philosophie et de la rhétorique pour les riches qui n’auront jamais à travailler.
Lorsque l’Empire romain pris de l’extension, l’influence des Grecs s’est répandue dans celui-ci et les écoles ont eu comme objectif la formation des futurs fonctionnaires. Le christianisme s’est développé dans l’enceinte de la civilisation gréco-romaine et ses pratiques éducationnelles ont incorporé l’intellectualisme grec et la sévérité romaine, mettant au premier plan le principe occidental de l’homme qui se penche devant la loi et qui se sacrifie pour un idéal.
L’école monastique est apparue au quatrième siècle. Les écoles cathédrales ont été créées au 11e siècle et l’enrichissement de leur programme jusqu’au 16e siècle a marqué la naissance des universités. Les écoles primaires chrétiennes du 17e siècle ont été fondées principalement pour christianiser le peuple et combattre l’oisiveté des pauvres.
C’est avec les Lumières que la discipline s’est retrouvée encore plus au centre du projet éducatif et c’est au 18e siècle qu’on commença à évaluer systématiquement les élèves, à organiser l’espace physique en rangées, à classer les élèves en groupes d’âge et à organiser une série de sujets à enseigner selon un ordre de difficulté toujours croissant. L’école républicaine nationale a été mise en place pour créer une citoyenneté plus homogène. On enseigne aux élèves qu’ils n’appartiennent pas à eux-mêmes, mais qu’ils sont plutôt la propriété de la nation.
Les partisans de l’école publique (les humanistes) étaient principalement intéressés à intégrer les masses dans la nouvelle économie industrielle et à disséminer les tensions sociales créées par une inégalité grandissante. Les enfants des prolétaires devaient se faire éduquer efficacement à l’économie capitaliste industrielle naissante : centralisation des décisions, notation individuelle, standardisation du programme scolaire et tenue vestimentaire obligatoire. L’éducation acquérait ainsi son caractère institutionnel. Ce développement, qui a pavé la voie pour la bureaucratie du 20e siècle, était devenu essentiel à la reproduction du nouvel ordre industriel et des relations sociales capitalistes.
C’est également au cours du 19e siècle (en 1871 aux États-Unis) que l’école a commencé à être perçue comme un moyen efficace d’assimiler et d’acculturer les Amérindiens à la société dominante blanche. Les enfants étaient littéralement arrachés de leur famille et séparés pendant des années, punis s’ils parlaient leur langue et humiliés de leurs traits autochtones. Les parents ont tenté de résister aux enlèvements et des enfants ont fui par milliers afin de retrouver leur famille.
Pour s’assurer de la loyauté des classes populaires, on créa un système d’éducation obligatoire pour tous. En 1900, la majorité des États américains avaient leurs écoles publiques et en 1915, les corporations dépensaient plus d’argent dans le postsecondaire que les gouvernements. La gestion du programme scolaire se fonde alors sur la gestion scientifique développée par Frederick W. Taylor (gestion par tâches). Après la Deuxième guerre mondiale, les différents gouvernements à travers le monde adoptaient comme objectif principal l’éducation primaire universelle. Dans les sociétés industrielles, l’éducation postsecondaire prenait de plus en plus d’importance vue la complexification des technologies de contrôle social et de la division du travail.
L’école comme institution sociale
L’école est une institution sociale qui intervient directement dans le processus de socialisation des enfants. La socialisation est définie comme le processus au cours duquel un individu apprend et intériorise les normes et les valeurs de la société à laquelle il appartient afin qu’il adopte des comportements sociaux spécifiques. Ce processus est nécessaire à la reproduction de l’ordre social. Une société hiérarchisée a besoin de l’école pour enseigner aux enfants la renonciation à leurs désirs et la soumission, pour que les enfants adoptent des comportements soutenant l’ordre établi. La socialisation scolaire est ce qu’on appelle une socialisation primaire et principale, puisqu’elle commence à un jeune âge et elle devient la principale influence sur l’enfant, supplantant la famille. La socialisation institutionnalisée est surtout le résultat d’une contrainte imposée par ses agents. Les interactions entre l’individu et son environnement social sont possible, mais elles demeurent sous la surveillance et le contrôle de l’État et des corporations puisque les interactions sans surveillance risqueraient de produire une transformation sociale radicale de la société.
En résumé, l’école est comme une pilule qui aide les gens à s’adapter à la folie de la société moderne. On y apprend l’asservissement à l’autorité et elle nous empêche de déterminer nous-mêmes la manière dont nous allons vivre notre vie. On ne fait pas des travaux d’école parce que cette expérience est enrichissante en soi, on ne le fait pas selon nos propres termes et modalités, on le fait parce que c’est ce qu’on nous dit de faire.
Ensuite, l’école impose une cadence qui régie notre vie (8h à 16h), nécessaire au modelage de futurs travailleurs dociles. Les parents, occupés à travailler, n’ont pas le choix d’envoyer leurs enfants à l’école et se réconfortent en croyant qu’ils obtiendront une éducation appropriée. Au lieu de vivre au rythme de sa communauté, d’apprendre à travers les activités quotidiennes et de contribuer au bien-être du groupe, l’enfant est encadré par l’État qui le façonne. Pour répondre aux exigences de la production, les parents obligent leurs enfants à se lever tôt pour les envoyer à l’école tandis que l’école se charge d’établir une discipline d’exploités soumis: elle punit les enfants parce qu’ils ne sont pas assis correctement, parce qu’ils parlent à leurs camarades de classe, parce qu’ils n’écoutent pas, parce qu’ils dorment sur leur bureau, parce qu’ils n’ont tout simplement pas envie de faire cette activité là à ce moment là. Dès l’école primaire, on s’ennuie et on se fait donner des ordres. L’école, tout comme la religion, la télé et les jeux vidéo, finira par tuer l’enfant. Elle tue la créature qui exprime librement tous ses désirs et ses frustrations pour le transformer en un mort-vivant, un adulte, constamment en train de gérer son futur – son parcours académique, sa carrière professionnelle, son REER, sa retraite, ses funérailles – et de renier le moment présent.
De plus, l’école impose un apprentissage d’une conception du monde correspondant à l’organisation hiérarchique du social et une uniformisation des connaissances. On y apprend qu’il y a une seule bonne façon de parler et d’écrire, une seule version de l’histoire, une seule bonne façon de s’exprimer en groupe. L’école s’assure que le futur adulte sera fonctionnel dans notre société, qu’il sera capable de répondre de manière appropriée à son patron, d’apprécier la culture de masse, de croire aux paroles des technocrates concernant leur sécurité et aux promesses des scientifiques quant à leur capacité de régler des problèmes environnementaux. Avec la fin du secondaire arrive le stress de la planification de notre future carrière, cours d’orientation professionnelle et rencontres bidons avec l’orienteur. Sans t’en apercevoir, tu te fais convaincre d’aller dans tel ou tel domaine, selon le besoin du marché.
Au sujet du rôle de l’école dans la société, l’analyse de Daniel Quinn est très éclairante. Dans son texte Schooling : The Hidden Agenda, il note qu’« [a]u sein de la matrice culturelle qui est la nôtre, tous les médias nous disent que l’école existent pour préparer les enfants à la réussite et à l’accomplissement de leur vie dans notre civilisation (et elle échoue pourtant) ». Réformes par-dessus réformes, l’école échoue toujours. Quinn tourne alors la question de sens : « Supposons que l’école n’échoue pas? Supposons qu’elle fait exactement ce que nous voulons qu’elle fasse ». Quelles sont donc ces choses qu’elle fait superbement bien?
Tout d’abord, elle fait une excellente job à maintenir les jeunes hors du marché du travail et prévient ainsi d’inonder le pays de millions de jeunes chômeurs à cause du manque d’emploi. Au lieu de tomber sur le marché du travail à l’âge de 12 ans, ils deviennent des consommateurs actifs, consommant des milliards de dollars de marchandises grâce à l’argent que leurs parents gagnent.
Lors de l’industrialisation des sociétés occidentales, les travaux agricoles requérant de moins en moins de bras, les jeunes flânaient dans les rues et ruelles des nouvelles villes industrielles; afin de les éloigner de la rue, quoi de mieux de les obliger à fréquenter l’école? Selon Quinn, la solution fut alors d’insérer de nouveaux éléments dans le programme scolaire pour le rallonger. On n’a jamais demandé aux enfants si c’était ce qu’ils voulaient ou avaient besoin de savoir, ou auraient jamais besoin de savoir. Ça ne faisait rien qu’une fois appris, tout soit immédiatement oublié, cela faisait passer le temps.
Après le krach économique de 1929, il est devenu nécessaire de tenir les jeunes hors du marché du travail aussi longtemps que possible. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, on commença à dire que l’éducation devrait comprendre un passage au collégial, puis à l’université. Il faut leur donner toujours plus de poèmes à analyser, plus de pages d’histoire et de littérature à lire, plus d’équations à résoudre. Cependant, les jeunes continuaient de sortir de l’école sans connaître grand-chose de plus qu’au primaire il y a un siècle et n’étaient guère employables.
« Mais maintenir les jeunes hors du marché du travail n’est que la moitié de ce que l’école réussit superbement. À l’âge de treize ou quatorze ans, les enfants des sociétés aborigènes – les sociétés tribales – ont terminé ce que nous, de notre point de vue, appellerions leur « éducation ». Ils sont prêts à recevoir leurs « diplômes » et à devenir adultes. Dans ces sociétés, cela signifie que leur taux de survie est de 100%. Tous leurs aînés pourraient disparaître du jour au lendemain, il n’y aurait ni chaos, ni anarchie, ni famine parmi ces nouveaux adultes. Ils seraient en mesure de poursuivre leur vie sans problème. Aucune des compétences et des technologies pratiquées par leurs parents ne serait perdue. S’ils le voulaient, ils pourraient vivre tout à fait indépendamment de la structure tribale dans laquelle ils ont été élevés.
Mais la dernière chose que nous voulons pour nos enfants, c’est qu’ils soient capables de vivre de façon indépendante de notre société. Nous ne voulons pas que nos diplômés aient un taux de survie de 100%, parce que cela les rendraient libres de choisir l’option de sortir de notre système économique si soigneusement construit et de faire ce qui leur plaît. Nous ne voulons pas qu’ils fassent ce qui leur plaît, nous voulons qu’ils aient exactement deux choix (pour autant qu’ils ne soient pas déjà riche). Trouver un travail ou aller à l’université. (…) Pour cela, l’éducation nationale réussit cela sans faute. 99,9% de nos diplômés font un de ces deux choix. (…)
Donc, vous voyez qu’il n’y a pas d’échec de l’école, elle réussit juste d’une certaine façon que nous ne préférons pas voir. Produire des diplômés sans compétences, sans valeur de survie, et sans aucun autre choix que de travailler ou mourir de faim, ne sont pas les failles du système, ce sont les caractéristiques du système. Telles sont les choses que le système doit faire pour que les choses continuent telles qu’elles sont. »
Fuck l’école
Alors pourquoi continuons-nous à aller l’école? Pour la même raison que nous ne nous révoltons pas. La soumission à l’autorité a toujours été l’objectif derrière l’école. Le pouvoir de récompenser et de punir, d’habituer les individus à des modèles de pensée et d’actions souhaités, s’inscrit dans le but d’intégrer l’individu dans un ordre social hiérarchique. Le postsecondaire est juste une autre façon de rendre cette fonction intégrante plus efficace et plus entière dans ses effets. L’objectif de l’université est de faire en sorte que l’individu s’adapte mieux au nouvel ensemble de conditions sociales prescrit par le capitalisme avancé.
Ce que j’ai vu à l’université, ce ne sont pas des individus plus intelligents que le reste de la population, mais plutôt plusieurs jeunes prétentieux issus de familles privilégiés et dociles, ayant fréquentés des écoles privées et des programmes d’élites, parlant la même langue que ceux qui nous dirigent. L’université est le lieu où les jeunes se perfectionnent au respect des règles du jeu imposées par l’État. Dans les assemblées étudiantes, on retrouve de jeunes carriéristes et futurEs bureaucrates qui sont plus intéresséEs à bâtir leur CV et ainsi être dans une meilleure position sociale lorsqu’ils et elles appliqueront pour un emploi dans le milieu politique, syndical et des ONGs. Et au niveau intellectuel, les étudiants sont rien que des êtres superficiels qui passent la plupart de leur temps à débattre de la réalité réifiée; ils appréhendent les concepts comme des choses concrètes. On compte des diplômés incompétents par milliers à chaque année.
IssuEs de milieux aisés et d’écoles privées, la quasi-totalité des étudiantEs se prennent déjà pour des scientificocurés, des artstars, des psychologues névrosés, des journaflics et des politichiens. 30 cours, 45 heures par cours et voilà, tu sors de là avec un bout de paperasse et une reconnaissance d’un ordre professionnel en échange d’une cotisation. Ensuite, tu bosses dans un laboratoire à répéter toujours les mêmes crisses de gestes ou dans un centre quelconque à pacifier des jeunes qui en ont plein le cul de leur famille dysfonctionnelle et des lois qui les empêchent d’accéder aux objets valorisés dans notre société. Pas satisfait, il y a toujours la possibilité de te pencher devant ton maître au cycle supérieur, pour ensuite devenir celui ou celle qui supervise les culs et les seins des étudiantEs. L’université est une usine où l’on produit des incompétents au niveau pratique et des spécialistes en connaissances compartimentées.
En conclusion, le système industriel a trouvé dans le modèle scolaire une manière rationnelle de domestiquer les exploitéEs, permettant ainsi de récupérer plus facilement les résistances en les médiatisant à travers des canaux institutionnels, comme la négociation syndicale ou le réformisme politique. Les révoltéEs qui ont intériorisé les valeurs transmises par l’école ne visent qu’à retoucher l’appareil répressif, pas à le détruire, et un enfant domestiqué est un enfant qui ne s’exprime qu’au moment où l’enseignant (l’État) le lui permet. L’étudiant universitaire est tout simplement une personne qui accepte sa condition de merde et choisit de collaborer avec le pouvoir.
Excellent.
Je le relirai plus en détail .
Je suis tout a fait d accord avec la vision du systeme scolaire decrite dans cet article. Surtout concernant le fait que l ecole, l uni sont, tout comme de nombreuses institutions, une fabrique de bons citoyens qui ne feront pas de vagues. Mais il manque quelque chose a cet article, il manque le paragraphe final, celui qui met en avant les alternatives, les opportunites autres qui font des enfants des etres qui se questionnent et mettent au defis notre societe destructrice. Car les mots sont le graines que l on seme et les actes la terre qui leur permettra de croitre.